Josie Desmarais/Métro Martine Ouellet

Le Bloc québécois se cherche un nouveau chef. Encore. Martine Ouellet serait intéressée. Très. Au point de siéger, dans l’intervalle, comme indépendante à l’Assemblée nationale. Histoire d’éviter les conflits d’intérêts potentiels. Noble.

Secret de polichinelle, cela dit: le torchon brûle entre elle et Jean-François Lisée. Avec plusieurs autres collègues de la députation péquiste, aussi. Prévisible. Ouellet se décrit elle-même comme une pressée. Pressée de faire l’indépendance. La seule candidate de la dernière course au Parti québécois qui maintenait, souvent contre vents et marées, une ligne semblable. Quitte à écorcher au passage les tenants de l’option contraire. Lisée, notamment.

Selon certaines sources, Ouellet clame à mots couverts sa déception face à la performance, il est vrai décevante, du nouveau chef péquiste. Les chances de remporter la prochaine élection étant visiblement faibles, du moins à l’heure actuelle, probable que Ouellet ne s’imagine pas jouer, encore longtemps, les figurants. Mieux vaut alors, se dit-elle, porter les habits de boss de parti. Aussi moribond soit-il.

Parce que tel est l’état de santé du Bloc québécois. On peut se raconter des histoires à l’effet inverse. Être nostalgique des premières années Bouchard. Et de l’expérience Duceppe. Celles où, systématiquement, le Bloc remportait une majorité de sièges au Québec. Celles où Bouchard était même devenu chef de l’opposition officielle à Ottawa (oui, un indépendantiste comme représentant de Moose Jaw, Fredericton et Lethbridge!). Celles où le Bloc était à la tête de maintes réformes politiques et administratives, par exemple les luttes sur l’assurance-emploi et le déséquilibre fiscal. Celles où le Bloc regardait ailleurs que son nombril, notamment en étant le principal parti à dénoncer l’ignoble traitement réservé à Omar Khadr, pourtant un Torontois. Mais ces époques sont maintenant révolues.

Tout juste avant les élections de 2004, les intentions de vote en faveur du Bloc sont anémiques. Le scandale des commandites lui vient toutefois en aide. Appuyé par le meilleur slogan de la politique moderne («Un parti propre au Québec!»)*, le Bloc assure sa survie.

En 2008, le Bloc il obtient seulement 9,9% des suffrages. La vague orange de 2011 provoque ensuite l’hécatombe: seulement 6% et 4 sièges pour le parti de Gilles Duceppe, lequel prend alors une retraite ponctuelle.

En 2015? Dix députés, mais 4,7% du vote. Précision importante, d’ailleurs: n’eut été d’une campagne sale récupérant honteusement l’affaire du niquab (où la femme musulmane était comparée à un déversement de pétrole, le parti se serait probablement éteint, du moins si on se fie aux sondages pré-niquab. Le retour de Duceppe, d’ordinaire allergique aux stratégies populistes et identitaires, se termine alors en queue de poisson.

Existe-t-il, au moment d’écrire ces lignes, quelconques espoirs de renaissance pour ce parti jadis névralgique et inspirant? Pense pas, non.

Lucien Bouchard avait d’ailleurs, lors de la fondation, affirmé que la longévité du Bloc constituerait la meilleure preuve de son inefficacité.

On en est, tristement, rendus là. Remplacer le conducteur du corbillard n’y changera rien. Faudra passer à autre chose. Concentrer les énergies ailleurs. Mourir dans la dignité, comme le permet maintenant la loi…

*P.-S.: Mention honorable également à la CAQ pour «On se donne Legault». Ben non, je niaise.

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