Josie Desmarais Alexandre Cloutier

Vient d’arriver un truc qui me fait franchement plaisir. Alexandre Cloutier, candidat à la chefferie doublement déchu, affirme, haut et fort, que les politiciens se doivent de se regarder dans le miroir. Qu’une responsabilité leur incombe.

Particulièrement heureux de cette sortie du fait que plusieurs commentateurs excusent, à ma surprise la plus totale, l’action politicienne en l’espèce.

La Charte des valeurs et ses congédiements prévus? Rien à voir. Lisée qui crie, en pleine assemblée du PQ: «Y a des hidjabs partout, ça suffit!»?

Rien à voir. La réussite d’un test des valeurs (allô le flou arbitraire) sous peine de déportation pour les immigrants? Rien à voir. Un déversement de pétrole qui se transforme en niqab? Rien à voir.

Est-ce que ces événement expliquent les attentats de dimanche? Allez savoir. Ce que je sais, par contre, c’est qu’ils ont fortement contribué, par l’impulsion politicienne, à la dégradation du climat social au Québec. Celui qui fait que dorénavant, les femmes musulmanes sont, quotidiennement, victimes d’agressions ou micro-agressions, verbales ou physiques. Comme se faire arracher le voile. Ou la menace de se faire frapper par un char. Ou de se faire crier, à répétition et sur la rue, de «retourner dans son pays».

Autre critique fréquemment entendue: il était apparemment trop tôt, lundi, pour écrire sur la responsabilité de quiconque. Une journée d’amour, et non de réglement de compte. Ah bon.

Cet argument fait craindre ceci: que certains politiciens, d’ordinaire peu vertueux, se drapent derrière les messages d’amour afin de faire dévier le débat. D’éluder la véritable question. Qu’on essaie de nous faire croire, après toutes les saloperies ci-avant décrites, que le climat actuel s’est créé par magie. Que Trump en est le seul responsable. Que dixit Jean-François Lisée, le Québec, en termes d’islamophobie, «n’est pas pire qu’ailleurs». Qu’on s’achète, en bref, des indulgences à même l’incrédulité de l’électeur.

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Dans un récent débat à l’émission de Denis Lévesque, le commentateur Christian Dufour, l’un des plus ardents défenseurs de la Charte des valeurs, m’a reproché, entre autres choses, de manquer d’empathie envers les musulmans. Je m’imaginais coupable de bien des trucs, mais pas de celui-là. Et pourquoi cette accusation? Parce que je pointais du doigt, dans ma dernière chronique, quelques-uns de nos politiciens. La stratégie a eu pour effet de fonctionner, M.Dufour ayant réussi à éluder la véritable question: les policitiens ont-ils une responsabilité quant au climat actuel?

Témoigner de l’amour aux musulmans, c’est évidemment bien. Mais éviter que de tels événements se reproduisent? Encore mieux. Qui, de ces politiciens, poursuivra ses élans d’amour à moyen et long terme? Qui refusera de retomber dans le bain identitaire au détriment d’un succès électoral garanti? Qui combattra, demain matin, l’ostracisme dont souffrent les musulmans de la province? Qui donnera véritablement suite à ces touchantes vigiles?

Lors de ce même débat, Dufour affirme que grâce aux événements, on «envoie maintenant de l’amour aux musulmans, on s’occupe d’eux». Et ça prenait mort d’hommes, vraiment? Il lance, dans la même veine: «c’est bien de montrer de l’amour aux musulmans, ensuite il ne faut pas oublier de discuter des accommodements raisonnables entre Québécois». Parce qu’évidemment, jaser entre Québécois exclut, d’office, le musulman.

Enfin, ironique de constater que ces mêmes calinours auto-proclamés sont ceux qui, la semaine dernière encore, n’avait jamais professé quelconque sympathie musulmane face au sentiment islamophobe ambiant. Ces mêmes qui, ô ironie, se tapaient une crise de bouton sévère chaque fois qu’un politicien visitait une mosquée. Ces mêmes qui, afin de les disqualifier, accusent tous les anti-islamophobes d’être essentiellement des «multiculturalistes radicaux». Ces mêmes qui, comme M. Dufour, s’était félicité d’un référendum suissse visant à interdire les minarets (lieux de culte musulmans), sur le territoire helvète.

Les élections de 2018 étant à nos portes, il est à craindre que certains seront tentés de renouer avec les bonnes vieilles recettes populistes éprouvées. Au nom du succès électoral. Et tant pis pour l’amour. Le vrai.

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