Mary Altaffer / The Associated Press Charles Taylor, en octobre 2016

Vous ai-je déjà communiqué ma crainte des zombies? Sais pas trop pourquoi, mais c’est comme ça. Ils m’écoeurent, pour être plus précis.. Vous savez qu’il existe, notamment aux États-Unis, quelques sites « scientifiques » prévoyant un guide de survie lors d’attaques prochaines de zombies? Très sérieux. Mais pourquoi, au fait, s’exciter d’un truc qui n’existe pas? Parce qu’on n’est jamais trop prudent? Si vous le dites.

Il y a quelques jours, le philosophe Charles Taylor y allait d’un mea culpa des plus surprenants: la proposition la plus connue du rapport co-écrit avec Gérard Bouchard, soit celle d’interdire le port de signes religieux chez les employés de l’État qui exercent des fonctions coercitives, comme les policiers, les procureurs de la Couronne et les gardiens de prison, devrait être abandonnée.

Plus précisément, Taylor affirme qu’au moment d’écrire le rapport en question, cette même interdiction n’était pas, à son sens du moins, une «implication nécessaire de la laïcité». Sauf qu’il lui semblait que «dans l’atmosphère suivant le débat sur les accommodements raisonnables, ne pas imposer ces restrictions choquerait l’opinion publique au point de mettre en danger notre proposition d’une laïcité ouverte

Traduction libre: il n’y avait pas vraiment de problème, mais l’opinion publique, gonflée à bloc par plusieurs médias et politiciens peu vertueux, se serait assurément braquée en cas d’absence de proposition du genre.

Le problème, dit-il à mots couverts, est toutefois la récupération qu’en on fait….certains politiciens peu vertueux. La proposition fut ainsi remplacée « [dans le débat public] par un concept plus vague d’autorité, un concept qui permettait une extension presque indéfinie, au point d’inclure les enseignants et les éducatrices en service de garde, que nous ne visions pas du tout ». Taylor parle ici, on l’aura compris, du projet de Charte des valeurs.

Quoi penser de tout ceci, plus particulièrement de la volte-face de Taylor? Ça m’a pris quelques jours afin de me faire une tête, pour être bien franc

J’en pense maintenant ceci: D’abord, bravo pour votre courage, M.Taylor. Des intellectuels qui admettent une erreur de parcours sont des plus rares.

Deuxièmement, on nous casse les oreilles, depuis lundi, avec le fait que cette proposition de Bouchard-Taylor était et est encore reconnue comme étant consensuelle. Ah oui? En êtes-vous bien certain? Alors pourquoi, 10 ans plus tard, cette recommandation n’a pas trouvé refuge dans une loi quelconque? Pourquoi elle reste, encore aujourd’hui, bien au chaud dans le rapport en question, posée sur une tablette gouvernementale? Consensuelle, vraiment? Me souviens plutôt du PQ et de la CAQ qui, systématiquement, accusaient quiconque de défendre la position en question de « ne pas en faire assez ». Me souviens aussi de Pauline Marois ayant qualifié ledit rapport de vulgaire truc à la sauce Elvis Gratton. Alors pour le consensus, on repassera.

Troisième réflexion: comment se fait-il qu’un intellectuel indépendant et de renommée mondiale, comme Taylor, soit lui-même tombé dans le piège de la crainte de l’opprobre populaire? C’est-dire la puissance de celui-ci. Alors imaginez les politiciens en quête de clientélisme. Limiter les droits civils pour satisfaire l’opinion populaire? Non merci. Surtout quand on sait que cette limitation, notamment quant aux juges, poserait un sérieux problème d’ordre constitutionnel, vu le principe de l’indépendance judiciaire.

En bref, que cette limitation soit justifiée par des faits, des éléments rationnels, soit. Mais pas par des lubies de lignes ouvertes. Pas de compromis, ainsi, au nom d’une crise sociale inexistante. Parce que si on se souvient bien, c’était justement l’une des plus importantes conclusions du rapport: la crise des accomodements raisonnables est née et alimentée par les médias. De l’inductif pur.

Petite question, pour finir: vous en avez vu combien, des juges portant le turban, dans votre vie? Et des policières en niqab? Et des gardiennes de prison en burqua? Ceux-ci sonnent un peu comme le monstre du Loch Ness: tout le monde en parle, personne ne l’a jamais vu.

Quoi? Mieux vaut réagir avant qu’il ne soit trop tard? Ok d’abord. Mais en échange, je veux un projet de loi sur les zombies. On n’est jamais trop prudent.

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