Chantal Lévesque/Métro Gabriel Nadeau-Dubois, jeudi dernier lors de sa conférence de presse

En l’espace de quelques paroles prononcées, le leader étudiant du printemps de 2012 aura réussi, là encore, à polariser les positions ici en présence, à stigmatiser l’un et l’autre.

On aurait pu s’attendre, en fait, à un discours plus classique, plus rassembleur. Parce que par-delà l’électorat traditionnel de Québec solidaire, il faudra bien, si on souhaite éviter la quasi-marginalité, ratisser un brin plus large. Être plus consensuel. Langue de bois et cassette usuelle, en bref.

Mais cela serait bien mal connaître Nadeau-Dubois. Le confort du propos amical, à la limite de l’insignifiance, très peu pour lui. Son premier coup de gueule: «Je me lance en politique parce que je suis à gauche et indépendantiste.»

Le deuxième: «La classe politique des 30 dernières années aura trahi le Québec.» Plus encore: «Elle [la classe politique] a toujours choisi ses amis – les grandes entreprises, les firmes d’ingénieurs, les lobbys des médecins – au lieu du peuple du Québec. Qu’elle soit au pouvoir ou non, qu’elle soit rouge ou bleue, elle a toujours fait les mêmes choix.» Ouch. Il n’en fallait pas plus, évidemment, pour mettre le feu aux poudres.

Selon l’ancien premier ministre Landry: « Il vient d’insulter grossièrement René Lévesque, Jacques Parizeau, Camille Laurin et autres, a dénoncé l’ancien leader du Parti québécois dans La Presse+ […] Quand il aura fait le quart du huitième de ça, il pourra en reparler.» (Faudrait, cela dit, rappeler à Landry que Lévesque avait, il y a 30 ans, déjà quitté le pouvoir.)

En bref, pour une entrée remarquée, c’est réussi. Que retenir de tout ça? Principalement que le défi de Nadeau-Dubois réside, essentiellement, dans les deux aspects suivants.

D’abord, ayant fait de l’indépendance du Québec un de ses principaux chevaux de bataille, cela signifie que, manifestement, le Parti québécois est ici l’ennemi visé. On laisse ainsi tomber, toutefois, le vote d’une certaine gauche non indépendantiste. On oublie, par exemple, ceux et celles qui auraient été favorables à un NPD Québec ou qui, hier encore, voyaient un intérêt dans le mouvement des Orphelins politiques (PSPP, avant de découvrir deux semaines plus tard les vertus de la foi souverainiste, refusait alors la simple étiquette de nationaliste). En fait, et compte tenu des appuis actuellement faibles au projet souverainiste, pas certain qu’il s’agit, en l’espèce, de la meilleure idée depuis l’eau chaude.

Ensuite, ayant visiblement conservé le style franc mais abrasif du printemps 2012, GND devra vaincre ou périr avec celui-ci. Un tour de force, il va sans dire, surtout qu’il s’agira de séduire la frange d’électeurs non acquise : hors Montréal, hors le milieu étudiant, hors les regroupements communautaires, hors la gauche traditionnelle.

Réussira-t-il à tirer substantiellement son parti vers le haut, en matière de nouveaux comtés? Difficile à dire. Mais ce qui plaît est certainement ceci : Nadeau-Dubois, malgré l’attrait du pouvoir, n’a pas changé d’un iota. Et qu’on l’aime ou non, aucune importance. Un politicien qui fait le pari de ses convictions? Toujours bienvenu.

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