Ça m’a pris un certain temps, voire un temps certain, avant de savoir si, ou non, je souhaitais chroniquer là-dessus. D’abord, parce que le sujet m’est quelque peu émotif, Judith (Lussier) étant mon amie. Ensuite, parce qu’au contraire de plusieurs gérants d’estrade, notamment masculins, il me semblait naturel de laisser la lumière des phares là où elle devait être: sur les chroniqueuses ayant quitté le navire, épuisées par tant de hargne, de harcèlement pur et autres attaques ad hominem.

Maintenant que la poussière (et 40 centimètres de neige) sont retombés, le temps m’appert davantage propice à une petite réflexion, fort personnelle, sur cette affaire.

J’ai connu Judith en 2013, au plus fort du débat sur le projet de Charte des valeurs, proposé et défendu par le Parti québécois. Rémi Bourget, Ryoa Chung, Judith et moi-même avions alors co-rédigé le Manifeste pour un Québec inclusif, lequel s’opposait avec véhémence au projet en question et qui recueillit, en quelques mois, plus de 30 000 signatures.

J’avais alors été saisi par le courage de ma nouvelle compagnon d’armes. Elle qui chroniquait déjà avait, vu l’importance de la cause, troqué ses habits d’analyste pour ceux de militante. Défendre simultanément le port du voile et le féminisme aurait fait craindre plus d’une. Mais pas Judith. Parce que déjà, on pouvait sentir chez elle le sentiment d’urgence, la nécessité de l’action, la quête de justice sociale. Tout ça en même temps.

La victoire acquise, on s’est perdu de vue un bout de temps, soit jusqu’au printemps dernier, où je l’invitais à se joindre, comme chroniqueuse, à un nouveau show de radio politico-satirique tenu sur les ondes de CIBL. Je me souviens encore de la discussion par laquelle je lui explique le show en question. Elle me balance: «Ça a l’air bien cool, ton affaire, Fred, mais qu’attends-tu de moi exactement, là-dedans?» Ma réponse, succinte: «Ce que tu veux. N’importe quoi. Sois-toi même.» Tout ça, évidemment, parce que je connaissais la bête. Je savais qu’une fois devant un micro, elle mettrait le feu aux poudres, brasserait l’un et l’autre, réglerait le cas du dernier masculiniste borné, taperait sur la tête de la bêtise humaine. Sans ménagement, sans retenue, sans calcul personnel, sans reculer. Que ses interventions, parfois comiques, parfois tristes à brailler, allaient faire bouger «la cause», la sienne.

Parce que je suis d’avis qu’en démocratie, ces brasseurs d’idées (pour ne pas dire autre chose), sont d’une importance capitale. Qu’on soit d’accord ou non, on s’en fiche. Des objecteurs de conscience, des cowboys idéologiques, amenez-en. C’est pourquoi je saluerai toujours l’arrivée d’un Nadeau-Dubois, en politique. Pourquoi je respecterai toujours davantage un chroniqueur de type Bock-Côté qu’un autre de type langue-de-bois-parce-que-je-veux-que-tout-le-monde-m’aime. Pourquoi je soulignerai toujours leur importance à même le débat public, que je sois, ou non, d’accord avec leurs idées.

À ce titre, d’ailleurs, j’admets que je croyais, à tort, que ma sensibilité féministe était sans reproche. Erreur. Mon amie m’a fait réaliser, que certains de mes réflexes, bien que de bonne foi, n’étaient pas exempts d’une certaine forme de masculiniste. De la pédagogie, pourrait-on dire. Parce que sous ses airs de cowgirl, Judith souhaite, avant toute chose, faire progresser la cause, peu importe le moyen. Et je témoigne que la remarque amicale, ferme mais douce, fait assurément partie de son répertoire.

Elle annonçait, tout récemment, quitter sa chronique du journal Métro, épuisée de la culture du troll et du coup vicieux. On le serait à moins. En fait, et très ironiquement, ce retrait est causé par les attaques autant agressives que systématiques justifiant, à elles seules, la pertinence de la cause défendue.

Retirée de la vie publique, Judith? Pour un instant, peut-être, oui. Le temps de prendre un peu de recul, de vivre tranquille. Mais vous savez quoi? Elle reviendra. Garanti. Et avis aux sexistes: mettez-vous un bon jockstrap. Parce qu’elle frappera encore plus fort. Et c’est parfait ainsi.

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