L’histoire reste à être vérifiée, bien entendu. Mais demeure que celle-ci, même au stade initial, a de quoi faire réfléchir. Stéphane Leroux, journaliste sportif à RDS, vient de déposer une demande introductive d’instance en diffamation, a rapporté Le Journal de Montréal. Contre qui? Un dénommé Gary Daigneault, ex-animateur de radio apparemment déchu depuis. Le montant? 275 000 $. Du fric considérable. La raison? Les publications – diffamatoires, selon Leroux – de Daigneault affirmant que le poursuivant est un «prédateur sexuel», basé sur l’«obtention» de cinq témoignages de cinq femmes alléguant, toujours selon Daigneault, avoir été victimes de gestes inappropriés de la part de Leroux. Les comportements en question seraient, écrivait-il, qualifiés aujourd’hui d’«inconduites sexuelles». Pire encore: deux des victimes du journaliste de RDS étaient prétendument mineures au moment des faits. Ayoye.

Re-pire. Malgré l’envoi d’une mise en demeure, on en rajoute quelques couches en créant deux pages Facebook afférentes à sa nouvelle mission, soit celle de couler, ad vitam æternam, la réputation de Leroux. Deux.

La réplique de ce dernier est proportionnellement cinglante. Plus d’un quart de million, donc, au motif que les accusations sont «fausses, dégradantes, et totalement diffamatoires». Il ajoute, sans surprise, «vivre un enfer et un important stress», en plus d’avoir le sentiment d’être jugé alors qu’il n’a, dit-il, «absolument rien fait».

Bon. Quoi penser? Qui croire? Difficile à dire, voire impossible. Mais reste la chose suivante : la présente affaire, même malgré ses allures anecdotiques, ne constitue-t-elle pas la conséquence délétère d’un nouvel ordre des choses? Celui d’un tribunal de l’opinion populaire laissant davantage place au sensationnalisme, à la délation potentiellement intéressée et à l’absence de mesures et nuances?

Quel intérêt, pour Daigneault, de balancer un confrère en dessous de l’autobus? Frustration, jalousie, envie de prendre son job? Dénoncer les agressions potentielles en lieu et place des victimes présumées? Allez savoir. Mais tel n’est pas l’argument. Ce dernier réside plutôt sur le socle suivant : il est devenu beaucoup trop facile, pour quelconque jambon, d’user des médias sociaux afin de ruiner la réputation d’autrui. De manière intéressée. Ou non.

Est-ce à dire que les divers reportages d’enquête ayant dénoncé, et coulé, les carrières des Rozon, Salvail, Brûlé et cie ont fait preuve de sensationnalisme? Provoqué des dérapages inopinés ou injustifiés? Pense pas, non. À vrai dire, et même si je me méfie du tribunal médiatique comme de la peste, reste que le travail journalistique abattu, du fait de son professionnalisme et du nombre de témoignages obtenus, semble à l’abri de tout soupçon.

Ce qui achale, voire inquiète, est d’un autre ordre : les effets toxiques de la démocratisation de «l’information», laquelle s’exerce dorénavant par l’entremise du média social moyen. Avec, en prime, l’application d’un nouveau lexique: celui du terme ultra-nébuleux d’«inconduite sexuelle». Pratique, quand même. Parce que tout y passe. De l’agression pure à la simple blague (épaisse) de mon oncle en passant par le harcèlement. Dans quelle catégorie se classent, ainsi donc, les comportements de Leroux? On verra bien. Ou pas. Mais dans l’intervalle, le simple fait de poursuivre en diffamation risque de témoigner, en un sens, la fin de la récréation. Tu as des preuves? Good. Sors-les. Appelle la police. T’en as pas? Watch out.

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