Je regardais ailleurs. N’importe où, mais ailleurs. Parce que j’ai souhaité, très fort, que la «nouvelle» s’éteigne d’elle-même. Qu’elle disparaisse. En l’ignorant. Qu’on se remette à parler des vraies affaires. Les séries de la Coupe Stanley, par exemple.
Rien à faire.

– Bouchard-Taylor, t’en penses quoi? Pis le turban? Pis le Burkina?

Ce que j’en pense? Que j’en ai clairement marre.

Combien de temps et d’énergie a-t-on gaspillés là-dessus?

Vous m’énervez, sérieux. Idem pour ce que vous appelez la «crise» des migrants. Eh ben. Vous avez la crise facile, vous. Êtes-vous remis de celle sur les algues bleues, au fait?

Ces enjeux sont illusoires. Ils existent médiatiquement, et donc politiquement, pour une seule raison: ils font l’affaire d’une poignée de haut-parleurs. Du beau gaz dans le réservoir identitaire. Source intarissable de paranoïa collective. D’anxiété à la sauce NOUS. Mais Bérard, notre identité, y penses-tu?!?

Oui, j’y pense. Justement. Et je conclus qu’elle est suffisamment robuste pour qu’on n’ait pas à paniquer avec deux ou trois signes religieux. Vous voulez un vrai débat? Dans le mille: le réchauffement climatique. Tsé, celui dont personne ne parle pendant que vous stressez avec un-potentiel-Joe-Turban-que-personne-n’a-jamais-vu? Parce que, selon 15 000 scientifiques, la planète en serait à ses derniers kilomètres. Mais à vous entendre, quand on sera tous à la flotte, on pourra se consoler au motif que les flics gérant le trafic aquatique seront dépourvus de tout signe religieux. Encore là-dessus: selon l’ONU, une trentaine de millions de réfugiés climatiques seront à la recherche d’une terre d’asile. Vous stressiez avec les 2 000 ou 3 000 demandeurs d’asile haïtiens? Ça va être cute.

Vous m’énervez, sérieux. Notamment à propos de la nécessité d’une prétendue «neutralité». Mais qui dit qu’un signe religieux affecte cette même neutralité? Dans quel cas de figure la religion affichée d’un flic, pour seul exemple, en viendrait à amenuiser les apparences de neutralité? Une femme portant le hidjab arrêtant un juif hassidique? Et bien, si ça se trouve, le préjugé, c’est vous qui le portez en votre sein. Pas beau, ça. Eh juste de même: bon nombre de corps policiers, au pays ou aux États-Unis, permettent le port du signe en question. Des récits catastrophes en tête?

Vous m’énervez, sérieux. Bouchard-Taylor? Le «compromis historique»? Faites-moi rire. Tous les identitaires qui s’en réclament aujourd’hui le maudissaient hier encore, Pauline Marois le ridiculisant d’ailleurs en le traitant de Rapport Elvis Gratton. Et pour votre gouverne, Charles Taylor lui-même s’en est dissocié, s’excusant d’être tombé dans le piège de la pression populaire en suggérant une «solution» à un problème inexistant. Pour le compromis historique, on repassera.

Vous m’énervez, sérieux. Sur le plan constitutionnel, aussi. Parce qu’il serait d’intérêt que vous sachiez un truc utile. Votre proposition, pour l’essentiel, ne tient pas la route. L’Assemblée nationale ne peut interdire le port de signes religieux chez les juges, séparation des pouvoirs oblige. Idem pour les gardiens des prisons fédérales, partage des compétences oblige cette fois. Idem probablement pour l’ensemble de ses propres fonctionnaires, à moins que l’Assemblée ne se résigne à invoquer la disposition de dérogation, confirmant implicitement brimer les libertés civiles.

Alors, Prédateurs ou Lightning?

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