Ryan Remiorz/La Presse canadienne Philippe Couillard, Jean-François Lisée, François Legault et Manon Massé

Plate, incolore, clientéliste, dénuée de projets de société. Tels sont les mots utilisés, ici comme dans la rue, afin de décrire la présente campagne. Vrai et juste, malheureusement. Reste que l’électorat devra, malgré ce qui précède, se doter d’un nouveau gouvernement dans à peine deux semaines. Que penser?

D’abord, que Philippe Couillard avait vu juste: plus la campagne sera longue, plus les chances de voir la CAQ se planter augmenteront. Une vraie catastrophe. Parti bon premier dans les intentions de vote, et de loin, le parti de François Legault voit ses appuis s’envoler les uns après les autres, et pour cause. La faute à qui? Au premier chef, au chef, justement: improvisation, méconnaissance des dossiers de base, cafouillage et amateurisme gênants. Visiblement, on sous-estimait son inculture politique et son incapacité à vendre un programme tenant pourtant sur une simple napkin, cela étant facilité par l’absence de propositions environnementales. Son échec à expliquer le b.a.-ba des règles en matière d’immigration, lui qui surfe sur ce sujet depuis plus de deux ans, ou encore de nommer la seule province officiellement bilingue du Canada (réponse: le Nouveau-Brunswick) avait d’ailleurs de quoi susciter un fort malaise. Legault a beau plaider qu’il ne participe pas à Génies en herbe, reste qu’on s’attend à un minimum de connaissances et de réflexes intellectuels de la part d’un aspirant premier ministre. Les Québécois souhaitent du changement? Visiblement. Toutefois, souhaitent-ils réellement CE changement? Hum. Dans tous les cas, on comprend un peu mieux maintenant pourquoi Legault et ses candidat(e)s ont joué à cache-cache médias tout l’été…

Deuxièmement, et comme il était loisible de le prévoir, Jean-François Lisée livre à ce jour une campagne sans faille. Dynamique, machine à idées et évitant les faux pas, le chef du PQ apparaît comme étant parfaitement «premier ministrable». Un bravo bien senti, par ailleurs, à celui qui refuse de tomber dans le piège, facile et détestable, de la démagogie identitaire. Laissant la CAQ s’empêtrer dans ses mesures loufoques, populistes et manifestement inconstitutionnelles, on sent ici un Parti québécois rassembleur et responsable, épousant de nouveau un programme social-démocrate. Du PQ comme on l’aime, quoi. Au point où il est possible de commencer à penser à celui-ci comme solution de rechange sérieuse aux libéraux. Mission impossible? De moins en moins sûr, deux semaines étant une éternité en politique, particulièrement en campagne. Et après tout, les appuis des caquistes déçus et déchus devront bien se retrouver quelque part…

Enfin, une bonne note à Québec solidaire pour une campagne innovatrice et assumée, le duo Manon-GND se voulant clairement plus énergique que son prédécesseur. Mention spéciale aussi à sa capacité de s’être hissé au rang de la crédibilité financière et économique. Un grand pas de franchi. Les libéraux, eux? Simultanément prisonniers d’une volonté de changement et d’un bilan à défendre, qui rendent difficile l’obtention de l’oreille de l’électorat pour de nouvelles propositions. Cela dit, et compte tenu de sa trentaine de comtés gagnés d’avance, méga-avantage faisant l’envie des autres partis, on peut penser que la poursuite d’une débâcle caquiste, jumelée à une incapacité péquiste de canaliser ces votes, provoquera logiquement la poursuite du règne libéral. Et quin pour le changement…

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