Chris Young/La Presse canadienne Doug Ford

Malgré les (belles) promesses électorales faites à la minorité francophone, on se doutait bien que ces derniers risquaient, à la première occasion utile, de faire les frais du gouvernement Ford. Parce qu’il en va de l’essence même du populisme, soit satisfaire les (plus bas) instincts de la majorité, idéalement électorale.

Selon Jair Bolsonaro, «il s’agit en fait d’imposer la norme de la majorité aux Indiens, aux homosexuels, aux Noirs, aux militants de gauche, aux minorités et aux oppositions». Peut-on comparer sans nuance le leader brésilien à Doug Ford? Bien sûr que non. Mais reste que la graine du populisme, nonobstant la vigueur de son éclosion, demeure. Cela dit, une chose rassure: la manifeste vague d’empathie et de solidarité des Québécois envers les Franco-Ontariens. De quoi rassurer.

Parce que depuis maintenant une quarantaine d’années, soit depuis l’échec des derniers États généraux du Canada-Français, admettons l’indubitable: la relation entre les francophones du Québec et ceux de l’extérieur de la province peut être qualifiée de distendue, sinon de litigieuse.

Tout le contraire des premières décennies de la fédération, où les saloperies du Règlement 17 en Ontario, de la Loi sur les écoles communes au Nouveau-Brunswick ou de la pendaison de Riel ont systématiquement provoqué une levée des boucliers québécois. La solidarité à tout crin comme arme défensive politique.

Or, disions-nous, la donne change radicalement à la fin des années 1960. Devenus Québécois et aspirés par le rêve d’indépendance, les francophones d’ici délaissent en quelque sorte leurs frères des terres majoritairement anglophones, le premier ministre René Lévesque allant même jusqu’à les qualifier de «dead ducks».

Jamais, à partir de cette période, les francophones hors Québec n’ont pu compter sur l’aide matériel du gouvernement québécois, notamment dans le cadre de leurs revendications judiciaires. Pire, à trois reprises, ce même gouvernement dépêcha son procureur général à la Cour suprême afin de contester, vivement, les recours en question. D’abord en 1990, où le gouvernement Bourassa s’opposa à la demande de francophones de l’Alberta d’obtenir une école primaire (arrêt Mahé). Ensuite en 1999, lorsque le gouvernement de Bouchard fit de même afin de contester la possibilité, pour un accusé francophone, de voir l’ensemble de son procès être tenu en français (arrêt Beaulac). Enfin en 2015, quand les libéraux de Philippe Couillard refusèrent aux francophones du Yukon la possibilité d’accepter au sein de leur commission scolaire des anglos, nécessairement francophiles (arrêt Commission scolaire francophone du Yukon). Trois défaites, gênantes, pour Québec.

Et pourquoi un tel acharnement, aussi curieux qu’opiniâtre, du gouvernement québécois? Comment peut-on s’exténuer à mousser l’essor de la langue de Tremblay et lutter judiciairement contre celle-ci?

Parce que ce dernier était alors d’avis qu’un gain pour les francophones hors Québec constitue un recul pour le fait français au Québec. Mauvaise prémisse, comme l’histoire en témoigne pourtant.

Retour en 2018. Temps de crise. Les Franco-Ontariens ont besoin de tout l’amour, de toute la solidarité dont les Québécois sont capables. Sans partisanerie, sans considérations idéologiques. Peut-être une bonne manière pour le gouvernement québécois de se faire pardonner les affronts précédents en accompagnant, sur le front politique et judiciaire, nos frères et sœurs. Dixit Montesquieu: «Une injustice commise à un seul est une injustice commise à tous.» Particulièrement en sol minoritaire.

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