L’inspecteur viral continue de dire que les fausses nouvelles contribuent non seulement à polluer le web et les réseaux sociaux, mais accaparent aussi des revenus qui pourraient servir à financer du contenu de qualité.

Voici que l’éditeur de Buzzfeed Canada, Craig Silverman, aussi connu comme un chercheur et expert sur l’impact et la propagation des fausses nouvelles sur le web, vient de publier un exposé assez troublant sur deux adolescents qui ont créé un mini empire de fausses nouvelles, qui se déploie maintenant sur trois sites. Leur méthode? Parler de Justin Trudeau.

(Si vous lisez l’anglais, allez lire l’article de M. Silverman, qui est très bien ficelé. C’est correct, l’inspecteur attend que vous reveniez ici!)

Ce sont eux qui avaient notamment créé de toutes pièces un article qui affirmait que le premier ministre allait bannir l’entrée de Donald Trump au pays (302 302 j’aime, partages et commentaires sur Facebook).

À titre de comparaison, un des reportages ayant le plus fait jaser au Québec en 2015, l’article d’Isabelle Hachey dans La Presse exposant les reportages inventés de l’ex-journaliste François Bugingo, a généré 31 111 j’aime, partages et commentaires sur Facebook, et a nécessité des semaines de travail minutieux.

Selon Buzzfeed, nos deux adolescents ont d’ailleurs commencé leur histoire d’amour avec les fausses nouvelles sur Justin Trudeau en publiant un article qui affirmait que ce dernier allait autoriser l’ouverture de magasins de marijuana partout au pays (22 044 j’aime, partages et commentaires sur Facebook).

«Le lendemain, j’avais 900$ dans mon compte AdSense (le système de gestion de publicités de Google)», a affirmé à Buzzfeed un des créateurs du site, Yaman Abuibaid. Il a de plus fourni à Buzzfeed une capture d’écran de ce compte AdSense, qui montre des revenus totalisant plus de 10 000$ pour le mois d’octobre 2015.

Pour des fausses nouvelles «satiriques» où l’humour est plus ou moins évident.

Tout cela, alors que presque tous les médias d’information peinent à générer du revenu en ligne et doivent licencier des journalistes.

C’est le monde à l’envers.

Comme l’inspecteur le faisait remarquer il y a quelques semaines, les médias d’information sérieux ne peuvent pas faire compétition aux sites de fausses nouvelles et aux pages Facebook de pièges à clics. Produire de vraies nouvelles nécessite du temps, et implique de payer un (ou une) professionnel(le) pour traiter l’information. Ça prend un certain niveau de connaissances, de ressources et de recherche.

Écrire une fausse nouvelle, ça prend 15 minutes. En plus, vu qu’on invente tous les détails, on peut rendre l’histoire aussi abracadabrante, sexy, ou – et ceci est le point de l’article de M. Silverman – choquante qu’on veut. Quand on crée une émotion chez le lecteur, ça marche. Quand on vient confirmer une opinion négative que le lecteur avait déjà (dans le cas de Hot Global News, on vise surtout ceux qui croient que le premier ministre est trop gaugauche), ça marche.

Les médias d’information, qui doivent s’en tenir aux faits, peuvent rarement accoucher de contenu qui arrive à jouer des notes aussi stridentes sur des cordes sensibles. Et quand ça arrive, c’est le fruit d’un travail acharné et, comparé aux sites de fausses nouvelles, extrêmement dispendieux à produire. Notre contenu est souvent voué à arriver en 10e place, derrière une poignée de fausses nouvelles, d’articles de piège à clics exagérés et de listes de photos de chats. Et produire ce contenu, tout de même nécessaire à la vie démocratique, coûte un ordre de grandeur plus cher à produire.

On se questionne souvent dernièrement sur le long et pénible supplice des médias d’information. C’est une situation compliquée, causée par plusieurs facteurs qui arrivent tous en même temps.

Mais quand l’inspecteur voit deux adolescents dégager 10 000$ en un mois pour 15 minutes de travail, il se dit que la réponse est aussi là.

Aussi dans Inspecteur viral :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!