En bref

  • Des articles affirment que des documents du gouvernement français prouvent que les terroristes qui ont commis l’attaque au Bataclan, à Paris, le 13 novembre, ont torturé et mutilé des victimes, et que les médias et le gouvernement ont caché ces faits.

  • De tels témoignages ont en effet été évoqués pendant la commission d’enquête, puisqu’on tentait entre autres de faire la lumière sur ces rumeurs.

  • Ces affirmations ont par contre été rapidement et fermement démenties par les enquêteurs pendant la commission. Le procureur de la République est sans équivoque: il n’y a pas eu de tortures ou de mutilations lors de cette attaque.

En détails

ATTENTION: CET ARTICLE COMPREND DES TÉMOIGNAGES GRAPHIQUES QUI POURRAIENT EN CHOQUER CERTAINS

Alors que la France se relève d’un autre horrible acte de terrorisme, cette fois-ci à Nice, certains sites en ont profité pour affirmer que le gouvernement français et les médias – bien sûr – ont caché que des actes de torture et de mutilation avaient eu lieu lors de l’attaque terroriste au Bataclan, à Paris, le 13 novembre.

En effet, on affirme que des documents déposés dans le cadre d’une commission d’enquête sur l’attentat prouvent que des victimes ont été mutilées, éviscérées et décapitées par les terroristes.

«Les témoignages recueillis par les enquêteurs attestent d’actes de barbarie choquants. Les autorités et la presse auraient-elles tenté de les étouffer ?», se questionne le site Russia Today, un média financé par le gouvernement russe, considéré par plusieurs observateurs comme étant une source de propagande de ce gouvernement.

«Bataclan: Testicules coupés et mises dans la bouche, décapitations; pour protéger les musulmans, le gouvernement a censuré les tortures infligées aux victimes», titre un autre site.

Bon, allons voir ce que les documents nous disent.

En fait, oui, de tels témoignages ont été recueillis dans par la commission d’enquête, et il en est question lors des procès-verbaux de la commission publiés par le gouvernement français. Or, on se rend compte assez vite qu’on a pris quelques citations hors contexte pour créer une histoire sensationnaliste.

Prenons cet exemple du Russia Today:

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En effet, cette citation apparaît dans les procès-verbaux. Le président de la commission, Georges Fenech, demande au préfet de police de Paris, Michel Cadot, si les rumeurs de mutilations entendues par la commission, dont la citation ci-haut, sont vraies.

Russia Today oublie bien sûr de mettre en évidence la réponse du préfet: «Je n’ai eu aucune connaissance de ces faits, ni par l’Institut médico-légal ni par les fonctionnaires en question. Il appartient de toute évidence à l’enquête judiciaire d’en apprécier la véracité. J’ai néanmoins compris qu’il n’a été retrouvé sur le site de l’attaque aucun couteau ni aucun autre engin tranchant qui aurait permis ce type de mutilations.»

Christian Sainte, directeur de la police judiciaire, en ajoute: «[…] rien, en l’état actuel de mes connaissances, ne me permet de penser que ce qui vient d’être lu est juste. Je précise, pour que les choses soient claires, que certains des corps retrouvés au Bataclan étaient extrêmement mutilés par les explosions et par les armes, à tel point qu’il fut parfois difficile de reconstituer les corps démembrés. Autrement dit, les blessures que décrit ce père peuvent aussi avoir été causées par des armes automatiques, par les explosions ou par les projections de clous et de boulons qui en ont résulté.»

Hmm.

Voici un autre échange pendant la même commission:

«M. le président: À la suite des attentats de novembre, il a été évoqué la commission d’actes de barbarie.

M. François Molins (le procureur de la République française): C’est une rumeur. Les médecins légistes ont été formels : il n’y a pas eu d’acte de barbarie, pas d’utilisation, notamment, d’armes blanches. Selon un témoignage, les testicules d’une personne auraient été coupés, mais aucune constatation n’a permis de le corroborer.»

Lors des audience, un policier, «M. T.P.», affirme qu’il y avait eu des atrocités commises à l’étage au Bataclan, «des gens décapités, des gens égorgés, des gens qui ont été éviscérés. Il y a des femmes qui ont pris des coups de couteau au niveau des appareils génitaux».

Sauf que cet échange a eu lieu immédiatement après:

«M. le président Georges Fenech. Pour l’information de la commission d’enquête, monsieur T. P., pouvez-vous nous dire comment vous avez appris qu’il y avait eu des actes de barbarie à l’intérieur du Bataclan : décapitations, éviscérations, énucléations… ?

M. T. P. Après l’assaut, nous étions avec des collègues au niveau du passage Saint-Pierre-Amelot lorsque j’ai vu sortir un enquêteur en pleurs qui est allé vomir. Il nous a dit ce qu’il avait vu. Je ne connaissais pas ce collègue, mais il avait été tellement choqué que c’est sorti naturellement.

M. Alain Marsaud. Les actes de tortures se sont passés au deuxième étage ?

M. T. P. Je pense, car je suis entré au niveau du rez-de-chaussée où il n’y avait rien de tel, seulement des personnes touchées par des balles.»

 

En d’autres mots, il n’a pas constaté lui-même ces actes, il l’a entendu de la part de quelqu’un d’autre.

Bref, comme dans toute tragédie, certaines rumeurs ont circulé. La commission a entendu ces rumeurs et a questionné les enquêteurs à ce sujet, qui les ont démenties. Difficile d’y voir une tentative de «cacher» ces informations (surtout que le document a été publié sur le site de l’Assemblée nationale).

Ce n’est pas parce qu’un commissaire dit: «on a entendu qu’il y a eu des mutilations», que le gouvernement français admet qu’il y a eu des mutilations. Pour obtenir une réponse à une question, il faut bien la poser, quand même.

Tout cela est dans les documents publiés par le gouvernement. Il est très facile d’aller vérifier tout ça dans les documents (tome 1 ici, tome 2 ici). Il suffit d’effectuer une recherche pour «mutilation», «torture» ou «couteau».

Donc, en gros: rien n’indiquer qu’il y ait eu des mutilations ou de la torture lors de l’attaque au Bataclan.

Comme si l’attaque elle-même n’avait pas été assez horrible.

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