L’an dernier, à pareille date (approximative), je faisais appel à la tendresse. La vôtre. Celle qui se cache en votre cortex et qu’on déploie la plupart du temps pour d’autres que soi. La tendresse pour les maganés. La tendresse pour un ami qui l’a échappée. La tendresse pour quiconque se trompe et le reconnaît.
Mais qu’en est-il de toi, Lucie? QU’EN EST-IL? Ah.

Je n’ai pas souvenir, dans la fleur de ma vingtaine (un flamboyant poinsettia au wetlook capillaire et aux étranges pantalons de vinyle), de m’être trouvée jolie ni même OK une seule fois. Pas une fois, nue devant le miroir, n’ai-je pas été parcourue d’effroi. De dégoût, même. De cette certitude que j’aurais sans doute d’autres qualités, dans la vie, que celles de ma plastique. Oh! Il ne s’agissait pas là d’une résolution empreinte d’une confiance amazone ni d’un refus de plier sous le poids des standards. Je rendais plutôt les armes sur l’enveloppe, une enveloppe qui valait pas l’yâbe, à la froide lumière du balayage visuel.

À cette époque, je me rappelle avoir rempli bien des chopines d’amertume à l’égard de celles qui avaient eu le privilège de naître dans «le bon corps». Avec les bonnes fesses. La petite taille et les pancakes qui pointent vers l’étoile du Berger, dans toute leur splendeur de peau lisse et ferme comme un péché. Un modèle corporel qui, à ce moment précis de ma vingtaine bien sotte et grise, me semblait l’ultime Graal.

Ce qui est fort réjouissant, c’est qu’à ce jour, le corps est encore un accessoire mode. ENCORE UN ACCESSOIRE MODE, LUCIE. Au caniveau, vilains mollets de 2017. Ceux de 2018 sont remplis de promesses, de fillers et du rire gamin de Laggerfeld. T’avais pas assez de devoir apprivoiser les palazzos de denim taille haute que te v’là déjà après espérer que tes petites pattes fatiguées fassent place à des grand’ cannes surmontées d’un derrière démesurément bubbly pour te reconnaître, ne serait-ce qu’une mini-saucette, en ces femmes les mieux roulées que tel magazine te présente dans son palmarès de madames connues-taquines et bien dans leur peau au réveillon.

HEY. Ton mollet, il est impec. Gracile, gigot ou chicot, dans tout le formidable de son ingénierie de peau, d’os et de tentures diverses, il te véhicule. Te permet de courir en pieds de bas après le chat avec une canne de Whiskas le samedi matin. De rocker la botte de cow-boy en faisant ton marché. De sentir que la température de la piscine est une petite affaire en bas de tes standards.

Le v’là, le standard qui devrait te hanter : la température de l’eau, plutôt que le nombre de cœurs qui battent la chamade à la vue de cette croupe que tu dénudes à la tombée de ton paréo.

Cette année, je suis fière porte-parole de la semaine «Le poids? Sans commentaire» d’ÉquiLibre, un OBNL dont la mission consiste à prévenir les problèmes liés à l’image corporelle.

Cette semaine, chère Lucie, je t’invite à t’aimer tendrement. Entière. Pleine de vie. Mais surtout, magnifique.

La bise.

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