ICI Radio-Canada, capture d'écran Tout le monde en parle

Vous l’avez sans doute malheureusement déjà regardé, le passage du coloré Bernard «Rambo» Gauthier sur le plateau de Tout le monde en parle a fait couler beaucoup d’encre depuis dimanche soir et malgré la réception plutôt négative du personnage par les critiques et les observateurs, je pense que c’est important de prendre un moment pour réfléchir au danger de l’inviter sur un plateau aussi regardé que celui de Guy A. Lepage sur heures de grande écoute.

Je n’en démords pas, les médias ont une certaine responsabilité sur le contenu qu’ils présentent et ça inclut, à mon avis, la sélection de ceux qui reçoivent le privilège de s’exprimer et de s’expliquer sur la place publique.

Rambo Gauthier l’a démontré hier – il s’agit effectivement d’un privilège et il ne le mérite certainement pas.

Je m’explique, parce qu’on me reproche déjà d’être pour la censure alors que je suis plutôt contre l’intolérance et les messages haineux.

Le problème avec le discours d’un Rambo Gauthier, c’est qu’il existe sans lui. Gauthier, malgré toute sa bonne volonté, n’est pas l’artisan d’un Québec plus misogyne et xénophobe. Il est, au mieux, le symptôme très bruyant d’une réelle problématique et un accélérant très efficace à l’intolérance déjà présente.

Il est l’expression la plus brute et la plus pure de l’incitation à la haine, à la violence, au mépris et à la médisance. C’est là-dessus que reposent les comparaisons à Donald Trump. Ce n’est pas une question d’argent ni d’influence, c’est une question d’articuler son message avec des mécaniques néfastes comme la diminution de l’autre au lieu de l’élévation d’une collectivité, par exemple.

Le danger d’inviter Bernard Gauthier à Tout le monde en parle, donc, c’est de faire tourner sa cassette sur tous les médias ensuite. Nous les premiers au Journal Métro, on relaie ses propos parce que les gens sont forcément curieux de savoir. Sauf que cette curiosité, alimentée par la présence dans les médias, contribuent à créer le personnage, à lui donner de l’importance, de la prestance et même un certain capital de sympathie.

Pour plusieurs, Rambo s’est mis un pied dans la bouche lorsqu’il parlait des femmes et de l’immigration – mais pour d’autres il a dit tout haut ce qu’ils pensaient tout bas et le danger est là. On valide ce genre de proposition, on alimente la peur de l’autre à grand coup d’incompréhension et, surtout, on ne cherche plus à faire avancer le débat vers l’inclusion, mais on se referme plutôt sur des positions qu’on essaie d’oublier.

«C’est à cause du vote ethnique» n’a pas été prononcé par Rambo Gauthier dimanche soir, mais il était fortement sous-entendu quand il se disait souverainiste jusqu’à la moelle et encore amer de s’être fait voler le référendum de 95.

C’est dangereux d’inviter Rambo Gauthier à Tout le monde en parle, parce qu’on ne le confronte pas. Guy A. Lepage a bien tenté de mettre l’emphase sur les déboires juridiques du Rambo de la Côte-Nord, mais on connaît l’effet que cette stratégie a eu sur Donald Trump aux États-Unis.

C’est quand même ironique. À une certaine époque, on invitait Raël pour être la vedette d’un Diner de cons sur le même plateau et Serge Chapleau s’était même amusé à tirer la coiffe du tristement célèbre personnage. Mais dimanche soir, Rambo Gauthier disait autant sinon plus de bêtises que Raël et on l’appelait monsieur en le remerciant d’être venu à l’émission.

Quand je parlais de la construction d’un personnage populaire, c’est de ça que je parlais. Aussi bête soit-il, Rambo Gauthier est devenu la voix d’une tranche de la population et son message se promène … pendant que «les femmes parlent de linge et de leurs gogosses.»

J’ai peur de la suite, des prochains Rambo et de l’effet d’entraînement. Toutes des choses qu’on aurait pu éviter en n’offrant pas un porte-voix à cette grande-gueule aux idées creuses.

Si Tout le monde en parle n’a plus le mandat de confronter ses invités, il pourrait au moins avoir la présence d’esprit de ne pas être un facilitateur à la bêtise, à l’intolérance et à la propagation de toutes ces formes d’oppressions systémiques que l’on tente d’écarter de notre discours quotidien.

Ça doit être le Blue Monday, mais je me sens terriblement fatigué ce matin…

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