Nous sommes à l’aube de la saison des festivals de musique. Les programmations sont sorties et j’ai très hâte d’aller crier comme une adolescente au spectacle des Backstreet Boys et de danser ma vie à celui de Solange. Comme la majorité des utilisateurs d’Instagram, j’ai passé la fin de semaine de Pâques à voir défiler les photos de blogueuses mode à Coachella. Inutile de dire que mes photos juste assez quétaines de brunch familial sont passées inaperçues. J’ai cependant une relation d’amour-haine avec certains festivals de musique, car ceux-ci semblent coïncider avec le festival de l’appropriation culturelle.

On le répète chaque année, mais on refuse cependant de nous écouter. C’est devenu normal de voir les festivaliers de Coachella arborer fièrement des éléments d’une autre culture, le temps d’un week-end bien arrosé. C’est quelque chose dont j’ai eu à débattre souvent, car les coiffes autochtones à plumes étaient tendance en 2012.
Ce fut très ardu, voire impossible, de faire comprendre à certain-es qu’ils ou elles ne pouvaient pas avoir ça sur la tête.

Même moi qui suis Autochtone, je ne peux pas; elles sont réservées aux chefs. C’est fâchant de voir des gens se balader avec ça sur la tête quand notre culture ne nous est plus interdite depuis peu. Souvent, on m’a sorti la carte de l’ami autochtone. «Mais mon ami autochtone, ça ne le dérange pas, lui.» Tant mieux. Par contre, le débat à savoir si ça devrait nous déranger ou non en est un auquel les Allochtones ne peuvent pas prendre part. Nous sommes capables de décider par nous-mêmes. Vraiment. Nos coiffes ont une énorme signification et sont sacrées. Il est important qu’elles ne se retrouvent pas près de boissons alcoolisées ou de drogues, donc un festival de musique n’est pas vraiment la place. D’ailleurs, à la suite des plaintes des Premières Nations, Osheaga les a bannies du festival, par respect pour nous.

Je repense à tous ceux qui me disaient qu’ils honoraient ma culture en se l’appropriant. Quelques années plus tard, les coiffes à plumes ne sont plus l’élément trendy dans les festivals, et tous les fervents sauveurs de ma culture qui tenaient mordicus à «l’honorer» sont bien discrets.

Depuis deux ans, c’est la culture noire qui est dans la mire des festivaliers. Les box braids et les cornrows, des coiffures portées par les Noir-es depuis des années, sont soudainement devenues populaires, parce que des Blanches comme Kylie Jenner ont décidé d’en porter. Comme le résume si bien Maisha Z. Johnson dans un article du magazine en ligne Everyday Feminism, c’est un privilège blanc de pouvoir porter ces coiffures sans vivre de discrimination et de voir son statut socio-économique changer.
Quand des Noir-es portent des cornrows, ce sont des voyous. Quand les autres le font, ils sont branchés. Il y a mille et une façons de se vêtir sans s’approprier la culture d’un groupe marginalisé. Cette année, laisse ton dashiki, ton bindi et ton henné à la maison.

Aussi dans Maïtée Labrecque-Saganash :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!