Trois jours. Il me reste trois jours avant d’amorcer un des chapitres les plus importants de ma jeune vie. Les sentiments se bousculent et j’ai du mal à dormir. Samedi, je ferai mon entrée dans le cercle de danse du pow-wow et deviendrai officiellement une danseuse de fancy shawl, la danse du papillon. Depuis quelques mois, je passe des fins de semaine complètes à coudre et à faire des appliqués pour ma regalia, l’accoutrement que je porterai dans le cercle de danse. Des heures de travail dans le but de raconter une histoire en tissu. De quoi travailler la patience. Après tout, une regalia, c’est du sang, de la sueur et des larmes. J’ajouterais que c’est aussi beaucoup de café.

La danse du fancy shawl est née d’un désir d’émancipation des femmes autochtones. Chez certaines nations aux États-Unis, les cercles de danse étaient réservés aux hommes. Dans les années 1920, les autochtones ont protesté contre l’interdiction de leurs danses traditionnelles​. À cette époque, le men’s traditional est né. Les femmes ont voulu se joindre à ce mouvement d’indignation et ont donc intégré le cercle de danse. C’est ce qui est beau du fancy shawl : c’est une danse qui a évolué au fil du temps. Les femmes y ont incorporé leurs mouvements gracieux et légers et celle-ci s’est transformée en ce qu’on connaît aujourd’hui, avec des regalias et des pas très différents de ceux des hommes. La danse du fancy shawl s’est répandue partout aux États-Unis​ et au Canada, un peu comme la jingle dance, une danse ojibwe, qui est dansée partout en Amérique du Nord.

Nous entrons dans la saison des pow-wows. Tous les week-ends, il y aura une activité dans une communauté. Cette fin de semaine, c’est Montréal qui tient le sien à Verdun. Une occasion pour petits et grands de venir voir nos danses de guérison.

La guérison : c’est ce qui m’a menée vers le fancy shawl. En grandissant entre deux cultures, la violence latérale m’a fait sentir que je n’avais pas ma place dans le cercle de danse. J’ai fini par prendre mon courage à deux mains et je me suis lancée. Après une virée – coûteuse -– chez Fabricville, j’étais prête à confectionner ce qui allait être l’aboutissement d’une vie de traumatismes. J’étais enfin prête à guérir. Mon amie m’a rassurée : «Personne ne te fera sentir comme une moitié dans le cercle.»

La semaine passée, toutes ces heures de travail ont commencé à ressembler à quelque chose de concret. J’étais émue aux larmes. Mon amie m’a dit quelque chose dont je vais me souvenir chaque fois que je danserai : «Nos parents n’avaient même pas le droit de faire ce qu’on fait, et ce qu’on fait est magnifique!»

Aussi dans Maïtée Labrecque-Saganash :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!