Enfin arrivées dans la grande métropole, neuf leaders de différentes communautés autochtones se rassemblent à l’UQAM, afin de participer à la toute première école d’été autochtone qui portera sur la gouvernance au féminin. Femmes Autochtones du Québec, le Service aux collectivités de l’UQAM et la Faculté de science politique et de droit ont uni leur expertise pour permettre à ces femmes de recevoir des formations qui les aideront dans leur profession de femmes élues. En plus d’être adaptées pour les femmes qui travaillent dans les conseils de bande ou qui s’impliquent chez Femmes Autochtones du Québec, ces formations seront données par des Autochtones. Ce projet pilote met un baume sur mon cœur : enfin, des cours comme ceux-ci seront crédités, et les institutions post-secondaires font des efforts pour rassembler une équipe issue des premiers peuples pour enseigner.

De plus en plus, les femmes autochtones recommencent à prendre leur place au sein des communautés. Autrefois au cœur des décisions communautaires, elles ont été tassées par la Loi sur les Indiens et l’Église. C’est d’ailleurs là-dessus que ces femmes travailleront: remonter dans le passé afin de mieux comprendre les oppressions auxquelles elles font face quotidiennement. Dans les conseils de bande, les femmes sont encore sous-représentées parmi les chefs. Cela s’explique par le fait que jusqu’en 1951, une femme ne pouvait se présenter aux élections de la bande. Avant, une femme perdait son statut et son identité si elle mariait un non-Autochtone, contrairement à ses pairs masculins qui eux pouvaient le garder. La Loi sur les Indiens, en plus d’être profondément raciste, est une loi sexiste. En suivant ces cours, ces neuf leaders permettent encore plus à nos communautés de se décoloniser. En ramenant les femmes dans les prises de décisions, on se rapproche des structures sociales et politiques de nos ancêtres.

Il y a seulement sept femmes qui détiennent le titre de chef de bande au Québec, mais la tendance change. De plus en plus, on voit les femmes autochtones aux rênes des grands mouvements politiques. Nina Wilson, Sylvia McAdam, Jessica Gordon et Sheelah McLean ont fondé le mouvement pancanadien Idle No More. Widia Larivière et Mélissa Mollen-Dupuis ont fondé la branche québécoise du mouvement. Ellen Gabriel, 27 ans après la crise d’Oka, est encore en train de défendre les pins à Kanesatake. Il ne faut pas oublier que sans les femmes autochtones, la révolution de Standing Rock contre l’oléoduc Dakota Access n’aurait jamais levé. Ce sont ces femmes qui insufflent un sentiment d’espoir aux jeunes femmes autochtones et qui nous montrent comment nous tenir devant ce qui semble être insurmontable. Récemment, une femme, Mandy Gull, a été élue vice-grande chef de ma nation. Elle est allée défendre mon territoire traditionnel partout dans le monde et continue son plaidoyer pour la vallée de la Broadback, une des dernières grandes forêts vierges du Québec. Quand on me demande pourquoi je fais ce que je fais, je réponds que c’est en grande partie grâce à ces femmes.

@MaiteeSaganash

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