À compter d’aujourd’hui, Miriam Fahmy commente l’actualité le jeudi dans Métro. Elle est spécialisée en sociocritique et en analyse du discours, elle détient une maîtrise en langue et littérature françaises (Université McGill) ainsi qu’un baccalauréat en administration des affaires (HEC Montréal).

Vous connaissez TINA? Elle a fait un tabac dans les années 1980. Sa renommée avait diminué depuis quelques années, mais elle semble vouloir faire un comeback. Il faut s’en inquiéter.

Je ne parle pas de la chanteuse aux cheveux fous et aux jambes infinies perchées sur des talons aiguilles, Turner de son patronyme. Je parle de la doctrine «There Is No Alternative» («Il n’y a pas d’autre choix»), une doctrine économique et fiscale qui a fait des ravages sous la houlette des chefs d’État américains et britanniques dans les années 1980. La réduction de la taille de l’État et de son rôle dans la société était alors devenue une nécessité, que dis-je, une évidence incontestable.

À cette époque, l’argument TINA s’enracinait dans le triom­phe du capitalisme de marché contre le communisme déclinant. Au­-j­ourd’hui, TINA trouve sa justification dans un discours catastrophiste sur l’état des finances publiques. Il n’y a pas d’autre choix que de couper, disent les économistes Luc Godbout et Claude Montmarquette, sollicités par le gouvernement pour donner leur opinion sur les meilleures mesures à prendre pour rétablir l’équilibre budgétaire.

«Les conditions qui ont mené à des déficits importants et quasi structurels devront être corrigées. On ne peut plus échapper à cette situation», dixit les experts du gouvernement. Quelles sont ces conditions? Une augmentation des dépenses? Il est indéniable que le Québec a un État plus engagé que celui des autres provinces canadiennes. Nous pouvons être fiers d’offrir, par exemple, un service de garderie universel qui est bon pour les poupons, pour les travailleuses, pour les familles et, plus largement, pour l’ensemble de la société.

Mais n’oublions pas que, dans un budget, il y a deux colonnes, il y a aussi les revenus. Et depuis 15 ans, ces revenus stagnent. Depuis le début des années 2000, la part des revenus autonomes dans les revenus totaux de l’État québécois, c’est-à-dire les revenus qui ne proviennent pas des transferts fédéraux – en l’occurrence les taxes et les impôts –, est passée de 86,3% à 77,5%.

La tendance à la réduction des impôts est la conséquence toute naturelle de la doctrine TINA. Et sa logique implacable a gagné la classe intellectuelle et politique des pays occidentaux. Affirmer qu’il y a une autre voie possible que celle des coupes dans les programmes ou dans les salaires des travailleurs de l’État; dire qu’on pourrait, peut-être, trouver de nouveaux revenus plutôt que de couper dans les dépenses, c’est passer pour loufoque, pour celui qui n’a pas compris les vraies affaires. Or, quand il s’agit de débattre collectivement des choix que nous faisons, toutes les possibilités devraient être explorées, aucune ne devrait être taboue.

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