Les sondages d’opinion sur l’immigration nous assaillent régulièrement. Malheureusement, ces sondages ne sont pas d’une grande utilité du point de vue de leur contribution à la fois aux débats publics et à la formulation de politiques migratoires.

Prenons comme exemple le dernier sondage d’IPSOS (septembre 2017)* qui a été largement commenté dans les médias ces jours-ci. Ce sondage porte sur les effets de l’immigration, en particulier sur les effets économiques. Il s’agit d’une question fort complexe et cela se reflète dans les réponses: près de 40% des personnes interrogées disent ne pas avoir d’idée sur la question (ils restent neutres) ou disent ne pas savoir. Il n’en reste pas moins que 60% des personnes interrogées ont leur petite idée là-dessus.

Quand on y regarde de près, on constate que les résultats présentés peuvent laisser place à plusieurs interprétations. Ainsi, à la question «Quel est l’effet de l’immigration de façon globale?» on pourrait titrer: «Seule une minorité (21%) pense que l’immigration est positive». Mais on pourrait aussi titrer: «Seule une minorité (42%) pense que l’immigration est négative». Il est clair que les deux titres ne donnent pas la même impression pour le lecteur. Le premier chiffre peut être utilisé par les opposants à l’immigration alors que les personnes plus ouvertes à l’immigration utiliseront le deuxième chiffre.

Quand les questions sont plus spécifiques, les réponses sont un peu moins tranchées et les opinions négatives diminuent de façon significative. Par exemple, à la question «Êtes-vous d’accord ou non avec l’énoncé que l’immigration est bonne pour l’économie?», 36% répondent «non» alors que 28% répondent «oui». À la question «Êtes-vous d’accord avec l’énoncé que l’immigration rend plus difficile de trouver un emploi pour les natifs?», 31% répondent «oui» et 27% «non». Sur ces questions plus spécifiques, on constate qu’un bon tiers n’est ni d’accord ni en désaccord (en plus des 5% qui disent ne pas savoir). Donc, lorsque les questions font référence à des situations concrètes (économie, emploi), on constate que l’opinion publique est divisée et que l’on ne peut pas parler de polarisation, comme le laisserait croire les réponses à la question plus générale.

Par ailleurs, on peut interpréter les proportions de réponses négatives (entre 35 et 40%) de plusieurs façons. Pour plusieurs personnes, ce pourcentage peut paraître élevé. Mais on peut l’interpréter différemment: en effet, compte tenu de l’avalanche des discours négatifs sur l’immigration en ce moment, que ce soit dans les médias ou dans les propos des politiciens, il est même surprenant que ce chiffre ne soit pas plus élevé.

Que dire maintenant des différences entre les opinions d’un pays à l’autre? Par exemple, les réponses positives quant à l’impact économique de l’immigration vont de 50% en Arabie saoudite à 9% en Hongrie. Au Canada, cette proportion se situe autour de 43% (le Canada occupe le 5e rang sur 24 pays), alors que le pourcentage pour la France est de 16 (20e rang)*. Sans une compréhension des contextes politique et économique spécifiques, ces chiffres n’ont pas beaucoup de sens.

En outre, les écarts pourraient s’expliquer aussi par l’impact des discours d’ouverture ou de fermeture: plus les discours officiels sont positifs, plus les perceptions le sont également. Et vice versa. Ce n’est pas par hasard si la France se retrouve au 20e rang, avec la politisation de l’immigration par les partis de droite et d’extrême droite, et que la Hongrie se retrouve presque au dernier rang. Il faut se rappeler que ce pays a carrément fermé ses frontières aux réfugiés et que de nombreux reportages ont documenté la brutalité policière aux frontières.

Citons en terminant un résultat fort important et qui va à l’encontre des idées reçues: en effet, le sondage montre qu’il existe un lien positif entre les niveaux d’immigration et les perceptions. Plus les niveaux sont élevés, plus les perceptions sont positives. Cela expliquerait pourquoi les pays d’immigration (par eexmple, la Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie et les États-Unis) se retrouvent en tête de peloton.

Bref, les réponses aux sondages d’opinions sur des questions aussi complexes que celle de l’impact de l’immigration apportent peu d’éclairage à notre compréhension et à l’élaboration de politiques publiques. Par contre, les sondages d’opinion pourraient être utiles pour orienter des programmes d’information et de sensibilisation des populations aux effets réels de l’immigration. Malheureusement, très peu de gouvernements s’engagent dans cette voie.

*IPSOS, Global Views on Immigration and Refugee Crisis, septembre 2017.

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