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On a beaucoup parlé de la «crise migratoire» au cours de la période 2014-2016. Même si on en entend moins parler aujourd’hui, les situations à l’origine des migrations de fuite (guerres, persécutions, conflits violents) ne sont pas pour autant choses du passé. Que ce soit en Afghanistan, en Irak, en Syrie, en Éthiopie, au Soudan, des milliers de personnes continuent à fuir leur région d’origine à la recherche de la sécurité.

Pendant cette période d’intense couverture médiatique (2014-2016), on a très peu parlé des conditions concrètes dans lesquelles se sont déroulés les nombreux déplacements de réfugiés. En particulier, la route des Balkans, empruntée par des milliers de migrants et de migrantes, est demeurée loin des préoccupations des médias. On l’a même oubliée aujourd’hui.

Heureusement, grâce au témoignage de Danièle Bélanger* présenté dans le cadre de l’émission «Désautels le dimanche» (Radio Canada, 4 avril 2018), il nous est possible de revenir un peu en arrière et surtout de constater à quel point cette route a été particulièrement remplie d’embuches pour les migrants fuyant leur pays.

Danièle Bélanger a refait la route des Balkans en autobus et en train: au départ de la Grèce jusqu’en Allemagne, en passant par les pays d’Europe de l’Est. Pour la plupart des migrants, la route en question passe par la Turquie, donnant l’accès à la mer Égée qui permet d’arriver en Grèce avec l’espoir de se rendre en Europe via les pays de l’Europe de l’est (Macédoine, Serbie, Hongrie).

L’itinéraire parcouru par Danièle Bélanger nous révèle deux choses importantes. Premièrement, l’histoire qu’elle raconte est essentiellement une histoire de fermeture de frontières. C’est d’abord la Macédoine qui a fermé les leurs, coinçant des milliers de personnes, ce qui a créé une grave crise humanitaire pour les 12000 personnes qui se sont retrouvées sans préavis coincées à la frontière Grèce-Macédoine.

La Hongrie, porte d’entrée incontournable pour l’Union Européenne, s’est montrée très dure envers les migrants et les demandeurs d’asile (hommes, femmes, enfants): frontière fortement militarisée; refoulements violents vers la Serbie; instrumentalisation de la situation migratoire à des fins électoralistes en exacerbant des sentiments de peur, d’invasion et de menace; refus de laisser les ONG aider les migrants. Instrumentalisation d’autant plus injustifiée que les migrants n’avaient pas l’intention de s’y installer, leur objectif étant de se rendre en Allemagne via l’Autriche.

Le deuxième constat qui ressort de ce témoignage est l’existence de nombreuses actions de solidarité qui ont parsemé l’itinéraire des migrants. La route des Balkans n’a pas été uniquement affaires d’affrontements entre les forces de l’ordre et de répressions violentes aux frontières. La route a également été l’occasion de nombreux gestes d’entraide.  De cela on a peu parlé dans les couvertures médiatiques et le témoignage de Danièle Bélanger ouvre des yeux d’espoir. Par exemple, à Thessalonique et Idomeni, une partie de la population grecque s’est mobilisée pour venir en aide aux réfugiés (nourriture, couverture, etc.). En Serbie, la population a été très critique envers les actions policières, l’auteure parle même d’empathie dans la mesure où plusieurs Serbes ont connu des situations semblables. Enfin, en Allemagne, Danièle Bélanger parle de «cohabitation urbaine saine» et d’une «mobilisation citoyenne extraordinaire».

Aujourd’hui, la route est bloquée, les frontières sont fermées.

L’accord signé entre l’Union Européenne et la Turquie rend maintenant difficile, voire impossible, la traversée par la mer.

Il reste encore quelques passages, mais, comme le dit l’auteure, ceux-ci sont très risqués. Selon l’Organisation Internationale des Migrations (IOM), même s’il y a eu moins de traversées au cours de la période 2016-2017, la proportion des décès a presque doublé.

Les conflits ne sont pas terminés. Comme le reportage le souligne en conclusion: les réfugiés se trouvent coincés en Syrie ou alors doivent rester dans les pays du Moyen Orient où leur statut reste précaire. Pendant ce temps, des milliers de réfugiés se trouvent encore aujourd’hui coincés sur l’île grecque de Lesbos.

*Danièle Bélanger est professeure au département de géographie de l’Université Laval et également titulaire de la Chair de recherche du Canada sur les dynamiques migratoires mondiales.

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