Groupe Aquilini Les motifs de verre, de briques et de métal qui tapissent l’édifice de huit étages génèrent une mosaïque confuse, comme s’il y avait trois ou quatre langages architecturaux qui tentaient de s’exprimer en même temps.

Si vous êtes passés ces derniers jours sur la rue Berri, non loin de la place Émilie-Gamelin, vous avez peut-être remarqué que le chantier de l’îlot Voyageur avait repris de plus belle.

Des murs commencent enfin à faire leur apparition sur l’épave de béton qui est restée en plan pendant près de 10 ans, à la suite de la saga immobilière de l’Université du Québec à Montréal. Il était temps.

On s’était pratiquement résignés à voir ce squelette de béton dans notre quotidien, le voyant passer d’un propriétaire à un autre sans qu’aucun puisse en venir à bout. Et ce, après y avoir investi plus de 230M$ de fonds publics, doit-on le rappeler.

C’est dorénavant le Groupe Aquilini qui chapeaute ce dossier, accompagné de l’Atelier Chaloub Beaulieu Architectes et de l’entrepreneur Magil Construction. D’ici juillet, près de 300 appartements en location devraient voir le jour. Si le promoteur s’en tient à son plan initial, les futurs logements seront offerts à un «prix abordable» à diverses clientèles, des étudiants aux familles.

Cela dit, la relance tant attendue de ce chantier comporte une bonne (et une moins bonne) nouvelle.

La bonne : on relance enfin un projet phare pour ce secteur du centre-ville, qui manque cruellement d’amour ces dernières années. Un secteur qui fait l’objet de grandes réflexions urbanistiques et architecturales, puisqu’il s’intégrera à la seconde phase du Quartier des spectacles. Les 300 ménages qui choisiront d’y faire leur nid contribueront ainsi à dynamiser, voire à sécuriser, le quartier, à densifier le centre-ville et à stimuler la vie commerciale des rues Ontario, Sainte-Catherine et Saint-Denis.

La mauvaise nouvelle: le projet du Groupe Aquilini fera naître un édifice à l’esthétisme douteux, à un jet de pierre d’une des réalisations architecturales les plus significatives des 20 dernières années à Montréal: la Grande Bibliothèque.

Les images du projet présentent un édifice massif, dépourvu de sensibilité au contexte environnant, ne serait-ce que pour établir un dialogue urbain avec la bibliothèque. Les motifs de verre, de briques et de métal qui tapissent l’édifice de huit étages génèrent une mosaïque confuse, comme s’il y avait trois ou quatre langages architecturaux qui tentaient de s’exprimer en même temps. Les «excroissances» rougeâtres qui ponctuent la façade semblent quant à elles improvisées dans le design, et s’apparentent davantage à des grilles de ventilation qu’à l’expression d’une architecture créative. Dommage.

Il serait grand temps que les promoteurs immobiliers acquièrent une plus grande sensibilité à la qualité architecturale de leur portfolio. L’architecture, c’est de l’encre indélébile. Ou presque. Les bâtiments restent imprimés dans notre paysage urbain pendant des décennies. C’est ce qui donne une personnalité à notre ville, c’est ce qui lui donne son charme. Il faut donc en prendre soin collectivement.

J’aurais adoré en discuter avec le promoteur et l’architecte-concepteur de l’îlot Voyageur, mais malheureusement, ni l’un ni l’autre ne m’a rendu mes appels.

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