Je ne leur ai pas demandé s’ils l’avaient fait en 140 caractères, mais l’UDA m’a confirmé avoir envoyé une mise en demeure à la personne qui alimentait dans l’anonymat le plus complet le faux compte Twitter de Tita Bougon, personnage fictif de la célèbre série de François Avard. Un syndicat d’acteurs qui met en demeure, via les réseaux sociaux, une personne non identifiée pour avoir usurpé l’identité d’un personnage de fiction… Par où commencer pour retrouver la première dimension?

Pourtant, le compte @mam_Bougon semblait faire le bonheur de tous. Ses commentaires humoristiques incisifs, toujours en phase avec le personnage et écrits dans un joual grammaticalement impeccable lui ont valu quelque 20 000 fans sur Twitter, dont plusieurs vedettes. Aetios, la compagnie qui produisait les Bougon, n’était ni pour, ni contre, et d’après le ton de la relationniste d’Aetios, ils semblaient plus pour que contre. Même son de cloche du côté de François Avard, mais en plus blasé.

Jointe au téléphone, Louise Therrien, conseillère en relations de travail pour l’UDA, n’était pas en mesure de me donner plus de renseignements sur le comment et le pourquoi de cette mise en demeure. Un article du Droit dans lequel Louison Danis, qui interprétait Tita Bougon, se disait victime de vol d’identité, a toutefois refait surface depuis la fermeture du compte. Ceci explique-t-il cela?

Je sais que, pendant qu’on s’intéresse au sort d’un faux compte Twitter, des enfants meurent en Afrique, mais cet incident nous ramène à notre rapport à la fiction. Quand allons-nous comprendre que ces personnages que l’on voit à la télé n’existent pas pour vrai et que les comédiens qui les interprètent n’en sont pas les incarnations?

Légalement, le personnage de Tita Bougon n’appartient pas à Louison Danis. Et même si les producteurs ou l’auteur s’étaient opposés au compte factice, en droit de la propriété intellectuelle, ce genre de parodie est souvent permis et la jurisprudence considère que cela ne viole pas les droits d’auteur en raison de la théorie de «l’utilisation équitable». C’est pas moi qui dis ça, c’est mon ami Rémi Bourget, avocat en droit civil. «Par contre, la défense d’utilisation équitable d’une œuvre est circonscrite, comme l’a appris à ses dépens le pornographe ayant réalisé un film intitulé La petite vite en parodiant La petite vie de Claude Meunier», ajoute-t-il.

Entre ça et la mise en demeure de l’UDA, il y a certainement des détails qui m’échappent. Quoi qu’il en soit, l’auteure du faux compte a choisi de mettre fin à l’aventure, laissant derrière elle ses milliers d’adeptes, et surtout, un mystère aussi opaque que le vrai nom de Tintamarre, moniteur au camp de jour
vers 1990.

Mais selon Julie Surprenant, seule personne qui aurait rencontré en chair et en os celle qui se cachait derrière l’avatar @mam_Bougon, l’auteure a tellement «pogné de quoi» dans ce genre d’écriture qu’elle pourrait se réincarner sous une autre forme. Comme Jésus ressuscité, il faudra toutefois savoir la reconnaître. Et l’on dira : «C’tu toé, Tita?»

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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