Au lendemain de la tragédie ayant fait 12 morts dans les locaux de Charlie Hebdo, des récits troublants d’instituteurs français ont commencé à faire surface, certains rapportant que des élèves refusaient d’observer la minute de silence, d’autres ayant carrément vu des jeunes faire l’apologie du terrorisme. En tout, 200 «événements» ont été recensés dans les écoles françaises.

L’adolescence étant ce qu’elle est, je parie que nos enseignants du secondaire ont aussi pris acte de tels dérapages. Mais en France, les anarchistes en herbe sont vite devenus la preuve de l’échec de l’enseignement de la morale républicaine. Le jeune issu de l’immigration, incapable d’intégrer le discours dominant, s’est transformé en menace à la République. Devant ce qui semble être la jolie construction médiatique d’un problème public, la ministre de l’Éducation a annoncé une mobilisation spéciale, alors qu’un député de l’UMP – même pas le parti le plus réac – a proposé la suppression des allocations aux familles des enfants n’ayant pas respecté la minute de silence. Rien de moins. Ironique qu’en cette période où la liberté d’expression est érigée en rempart des valeurs républicaines, la désobéissance civile soit ainsi confondue avec le crime de lèse-majesté.

Pourtant, certaines de ces objections de conscience ne sont que de saines remises en question d’un consensus tout aussi troublant, ou d’une rhétorique manichéenne rappelant le pire des années Bush : en France, aujourd’hui, soit vous êtes Charlie, soit vous êtes avec les terroristes. Face à cette pensée monolithique, deux enseignantes ont pris la plume pour rappeler à leurs concitoyens ce qu’est l’esprit critique, et aussi, un peu, ce que l’adolescence peut nous enseigner.

«Les adolescent-e-s ne cessent de questionner le cadre lorsqu’il est imposé, sont toujours soupçonneux à l’égard du discours majoritaire, sont rétifs à certains raisonnements fallacieux. Ce qui est finalement plutôt rassurant! Au lieu de s’indigner qu’ils ne soient pas tou-te-s “Charlie”, on devrait en réalité saluer leur capacité à raisonner au-delà de l’émotion collective…» écrit l’une d’elles dans L’Obs.

Ce que la prof de philo observe dans ses classes de terminale? Des élèves qui décèlent le sophisme par lequel pour dénoncer l’attentat, il faudrait adhérer au positionnement de Charlie Hebdo, et la logique à deux vitesses qui voudrait faire de ceux qui critiquent le contenu du journal des partisans du terrorisme, alors qu’on leur enseigne à l’inverse que le contenu éditorial ne peut en aucun cas être lié aux gestes qui ont été commis. S’il n’est pas lié, c’est donc qu’on peut le critiquer dans un débat nuancé qui n’amalgame pas tout, croient les élèves. Belle jeunesse.

Les adolescents ont cette capacité à reprendre à leur compte les enseignements philosophiques qu’on leur sert. J’ignore à quel moment de l’âge adulte on perd cette faculté, mais il serait peut-être temps que certains d’entre nous se reconnectent avec leur adolescent intérieur.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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