Que penserait-on d’un sport où le capitaine d’une des équipes tiendrait le sifflet et le chronomètre? C’est pourtant un peu comme ça que fonctionne le système électoral québécois. Les citoyens de la France, des États-Unis, de l’Italie, de l’Allemagne, du Portugal, du Chili, de l’Autriche et de la Pologne, entre autres, savent quand ils voteront la prochaine fois. Même en Russie, où les défis démocratiques sont de taille, le président ne contrôle pas le calendrier électoral. C’est ainsi dans la plupart des pays qui tiennent des élections.

Au Canada, le gouvernement fédéral et huit provinces se sont engagés à tenir des élections tous les quatre ans, une règle suivie au Québec au niveau municipal. Mais l’Assemblée nationale est encore prise au Moyen Âge électoral, au grand bonheur des spécialistes de la petite politique.

Le zigonnage auquel on assiste présentement montre une fois de plus la nécessité d’en finir avec cet anachronisme qui permet au premier ministre de déclencher des élections quand bon lui semble.

On peut répliquer en donnant des exemples de scrutins estivaux où la participation citoyenne fut importante. C’était à une autre époque. La date – presque confirmée au moment d’écrire ces lignes – n’a pas a été choisie par hasard par Jean Charest et son entourage.

Des élections déclenchées le 1er août pour un vote le mardi 4 septembre offrent plusieurs avantages aux libéraux. Bien des parents seront occupés à se procurer les crayons et les cartables de leur progéniture en début d’année scolaire. Au retour du congé de trois jours, ils auront autre chose à penser qu’aller voter. Un faible taux de participation favorise traditionnellement le parti libéral et M. Charest le sait.

Plusieurs étudiants, qui auront déménagé depuis peu, et qui, lorsqu’ils votent, ne favorisent pas les libéraux, ne seront pas inscrits dans leur nouvelle circonscription. Par contre, les citoyens plus âgés ne seront pas affectés par le calendrier. Un heureux hasard veut qu’ils votent en grand nombre et appuient davantage le PLQ que les autres partis.

Enfin, les travaux de la Commission Charbonneau n’auront pas encore repris, ce qui évitera au gouvernement de se prendre chaque jour un œil au beurre noir dans les nouvelles : il n’y aura pas de meilleure fenêtre électorale pour les libéraux avant l’expiration de leur mandat.

La proposition de tenir des élections à date fixe revient pério­diquement dans le pro­­­­­­­gramme des partis d’opposition, puis est enterrée lorsqu’ils prennent le pouvoir (tout comme la proportionnelle). Des rapports qui la favorisent sont tablettés régulièrement.

Les campagnes électorales sont commentées comme des performances sportives. On s’attarde davantage aux coups échangés et au pointage qu’au mérite des propositions. La moindre des choses serait qu’on y applique – comme pour le sport – des règles prévisibles et équitables pour ceux qui y prennent part.

La démocratie n’appartient pas au parti au pouvoir, mais à tous ceux qui votent. Leur participation doit être favorisée dans le plus grand nombre, peu importe l’allégeance (voter le dimanche, plutôt que le lundi ou le mardi, aiderait aussi).

Malheureusement, cela nécessiterait un sens de l’État qui fait présentement défaut. L’important est de se faire réélire, n’est-ce pas?

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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