Note: Une fois par semaine ou à peu près, j’ajouterai une proposition qui, s’ajoutant à d’autres, composera éventuellement une liste de 100 idées pour le Québec

Pour des campagnes électorales sans publicités ni sondages

Connaissez-vous le vrai nom de la Commission Charbonneau, qui vient tout juste de débuter ses travaux dans l’ombre de Luka Rocco Magnotta et Michel Therrien? Attention, prenez une grande respiration : Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction. Ouf.

Elle devrait s’appeler simplement « Commission d’enquête sur le financement électoral ». Parce que c’est de ça qu’on va parler. Qui donne aux partis politiques. Combien ils donnent. Et surtout, quelles sont les motivations des donneurs.

Pourquoi certains, année après année, ont donné régulièrement des milliers de dollars, parfois à plus d’un parti? Était-ce en raison d’un amour démesuré pour la démocratie que des hommes d’affaires ont entretenu à la fois le PLQ et le PQ? Ou parce qu’ils ne savaient pas s’ils étaient fédéralistes ou souverainistes et ne voulaient prendre aucune chance?

Pourquoi des contrats sont tombés – heureux hasard – entre les mains de ceux qui avaient donné généreusement? Pourquoi des organisateurs ont promis des élections clé en main? Pourquoi des gens qui ont des projets se découvrent souvent des amis parmi les élus qui peuvent les aider? Pourquoi un yacht de milliardaire est presque devenu un lieu de villégiature pour politiciens?

Grosse évidence : les politiciens ont besoin d’argent pour se faire élire (duh!). Même le mieux intentionné des candidats dans une élection municipale va peiner à suivre le rythme et les exigences d’une campagne en respectant les règles, comme l’a expliqué Yves Boisvert dans les mots d’un organisateur qui a décidé de le « déniaiser ». Imaginez dans une élection provinciale…

Au Québec, les partis politiques ont dépensé près de 20 millions de dollars lors des élections de 2008. La moitié du total est allée en publicité. À lui seul, le Parti libéral et ses candidats ont dépensé 4,5 M $ en slogans placardés ou diffusés en ondes. Le Parti québécois a casqué pour 3,6 M $ au même poste. Le reste a été divisé principalement entre l’ADQ et Québec Solidaire, pour un total de 9 726 219 $ de dépenses publicitaires.

Comment se guérir de cette dépendance au fric? Simplement, en réduisant les dépenses qu’un parti peut effectuer dans le cadre d’une campagne. On ne peut pas éliminer la publicité électorale, mais on peut certainement réduire considérablement ses coûts en empêchant la vente d’espace publicitaire dans les médias, ainsi que les affiches électorales. Radical? Pas tant que ça.

Les médias sociaux – Youtube, Facebook, Twitter, et d’autres à venir – sont de puissants relayeurs d’information, et rien n’empêcherait les partis d’avoir une ou plusieurs pages Web. Ce qui serait interdit, c’est la vente d’espace dans les médias qui vendent du temps d’antenne, de la cote d’écoute ou de l’achalandage (donc pas de pubs Facebook ou Google non plus).

Barack Obama a été élu en 2008 en grande partie grâce à une mobilisation sans précédent via les réseaux sociaux. Quelques années plus tôt, la mairesse Boucher a remporté la mairie de Québec sans une seule pancarte. Et ce n’est pas l’organisation quasi-inexistante du NPD au Québec qui a fait élire une marée orange de députés ici, encore moins les pubs. Simplement, Jack Layton a été un porte-parole phénoménal.

On pourra rétorquer que ces exemples sont des anomalies, mais ils démontrent tout de même que la publicité traditionnelle n’est pas une obligation pour se faire entendre. Le XXIe siècle est arrivé depuis plus de dix ans, on pourrait arrêter de faire des campagnes comme en 1950.

Si on a moins besoin d’argent, le besoin de financement devient moins préoccupant. Outre de redonner au élus un peu de de leur indépendance perdue, on peut aussi penser qu’une telle mesure aiderait les partis à se recentrer sur ce qui devrait être leur activité principale : proposer des idées.

À l’interdiction des placements publicitaires, on pourrait ajouter celle de la publication de sondages électoraux pendant la campagne. Ça se fait en France. Ce ne sera pas parfait, et il pourra y avoir des fuites via des médias situés à l’extérieur du Québec. N’empêche, ce serait toujours ça de pris. Les sondages sur les éventuels résultats des élections occupent une place grandissante pendant les campagnes électorales et contribuent au traitement plutôt superficiel des enjeux qui devraient être à l’avant-plan. Oui, il y a des articles de fond dans les pages éditoriales. Mais ce sont les sondages qui font les unes. Les idées passent après.

Une démocratie en meilleure santé passe par une plus grande place faite aux propositions de ceux qui aspirent à nous gouverner. Les idées d’abord.

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