Il me semble qu’on parle beaucoup de discrimination positive dans l’industrie des technologies ces derniers temps. J’ai envie de m’attaquer à ce sujet en posant cette question: est-ce que la discrimination positive pourrait contribuer à la sous-représentation des femmes en techno?

La discrimination positive, c’est favoriser un groupe de personnes de façon temporaire jusqu’à ce qu’un équilibre s’installe. On est naturellement attiré par ce que nous connaissons. Ça s’appelle un biais inconscient. Dans le monde du travail, ça veut dire qu’on recrute les personnes qui nous ressemblent. Comme la main d’œuvre en sciences, technologie, informatique et mathématique est dominée par les hommes, il y a de très fortes chances qu’ils recrutent des hommes. La discrimination positive a pour but de briser cette tendance.

Avec l’adoption de la loi Copé-Zimmermann en 2011, la France a décidé d’obliger les grandes compagnies françaises cotées en bourse à se doter d’un conseil d’administration comptant au moins 40 % de femmes en 2017. Les entreprises ont atteint l’objectif dans les délais. En revanche, pour celles qui ne sont pas cotées en bourse, le ratio de femmes atteignait 15%. La preuve est que sans quota, l’évolution naturelle vers une parité ne se fait pas.

Un autre exemple récent provient de l’Australie. À la fin de l’année 2017, une université australienne a décidé de seulement accepter des candidatures de femmes pour un poste dans son département de mathématiques. Ce n’est pas la première fois que l’université fait cela. L’année d’avant, trois postes de professeur ont été ouverts uniquement aux femmes.

La mise en place de quotas pousse les entreprises à repenser la promotion de leurs employés et à se remettre en question. «L’idée derrière les quotas pour les femmes est de forcer les entreprises à se demander quelles sont les femmes compétentes au sein de leur équipe qui n’ont pas encore été promues», explique Anne Thévenet-Abitbol, fondatrice d’Eve, un programme de formation en leadership au féminin s’offrant en France.

Si on part du principe que les femmes ne sont ni moins intelligentes, ni moins éduquées que les hommes, on peut conclure qu’il existe un bassin de candidats pour un même emploi. Donc, pourquoi ne pas leur donner à tous les mêmes chances? C’est ce que pense Shadia Saba, une Thaïlandaise fondatrice de startup. «Il y a un million de personnes qui ont les mêmes qualités, les mêmes compétences en affaires, dit-elle. Donc, s’ils sont tous intelligents, c’est mieux d’embaucher 50 femmes et 50 hommes, plutôt que 100 hommes et une femme.»

La discrimination positive fait-elle baisser la qualité du travail? La London School of Economics a constaté que les quotas de genre ne nuisent pas à la qualité globale des travailleurs d’un groupe. En fait, ils ont pour effet de repousser les hommes qui fournissent un travail médiocre. En fin de compte, la discrimination positive fondée sur le genre ne signifie pas que les entreprises embauchent des employés incompétents. Cela signifie qu’ils corrigent les facteurs de discrimination sociale qui empêchent les femmes compétentes d’atteindre les postes voulus dans l’industrie technologique.

La discrimination positive est souvent retenue comme un outil à usage temporaire pour en venir à une situation plus juste. La Dre Sue Black OBE, fondatrice de Techmums et professeure, explique que les avantages des quotas l’emportent sur les inconvénients. «Quand j’étais plus jeune, je pensais que les quotas étaient une mauvaise idée, mais plus je vieillis, plus je pense que nous avons besoin de quelque chose comme des quotas pour pouvoir vraiment changer, mentionne-t-elle. Ensuite, quand nous aurons des conseils plus diversifiés, nous n’aurons plus besoin des quotas, car tout le monde aura compris les avantages de la diversité.»

Si ces arguments vous font dresser le poil, c’est parfait! Tenez bon jusqu’à la semaine prochaine, je vous présenterai alors arguments défavorables à la discrimination positive.

 

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