Maxime Johnson Les cofondateurs du studio montréalais Epsilon Games préparent le lancement de leur premier jeu.

Un nouveau studio montréalais a choisi de s’imposer une politique unique dans le monde des jeux vidéo: embaucher autant d’hommes que de femmes. Un défi 
complexe dans ce secteur traditionnellement masculin, mais qui devrait être payant, selon Epsilon Games.

Epsilon Games n’est pas un studio comme les autres. L’entreprise, qui complète présentement une campagne de financement participatif sur le site Kickstarter pour son premier jeu Destination Primus Vita, détonne, et ce, dès que l’on franchit son seuil.

Ce n’est pas l’endroit lui-même qui surprend – même si personne ne va confondre ce petit local situé près du parc Jarry avec les imposants bureaux à aire ouverte qu’on retrouve normalement dans l’industrie –, mais plutôt l’équipe. Les cinq copropriétaires et leurs employés dégagent un enthousiasme contagieux lorsqu’ils parlent de leur projet. Et, fait plutôt rare, la moitié sont des femmes, alors que celles-ci comptent généralement pour moins de 10% des équipes de développement.

«J’adore travailler avec des gars, mais nous sommes 50/50 sur la planète. Je suis tannée de ce déséquilibre», lance la directrice créative et instigatrice du studio, Anne Gibeault. En une quinzaine d’années, celle qui a notamment travaillé chez Ubisoft sur les marques Prince of Persia, Just Dance et Far Cry a vu beaucoup de choses évoluer dans son milieu, mais pas la parité.

«On tourne en rond. Il n’y a que des gars qui travaillent dans l’industrie. Ils font donc des jeux de gars, ce qui attire encore d’autres gars. Pour que ça change vraiment, on n’a pas le choix d’imposer carrément la parité. Cela va nous permettre d’avoir un lieu de travail agréable, qui ressemble plus à la vraie vie, mais aussi de faire des jeux différents», estime-t-elle.

Bref, ce n’est pas qu’une question de principe, c’est également une décision d’affaires. «Il y a un marché pour les filles dans le jeu vidéo», rappelle d’ailleurs l’illustrateur Nicolas Demers.

La parité n’est évidemment pas très impressionnante dans une équipe de 13 individus, mais Epsilon Games souhaite atteindre les 200 employés au cours des prochaines années afin de réaliser des jeux narratifs de grande envergure à la manière de la série Uncharted. Des jeux qui seront conçus autant par des hommes que par des femmes. «C’est possible à 200 personnes, ça ne fait aucun doute. On a un réseau rempli de femmes compétentes», assure la directrice narrative Sabrina Jacques.

«On tourne en rond. Il n’y a que des gars qui travaillent dans l’industrie. Ils font donc des jeux de gars, ce qui attire encore d’autres gars. Pour que ça change vraiment, on n’a pas le choix d’imposer carrément la parité.» –Anne Gibeault, directrice créative et instigatrice du studio

Epsilon Games n’est bien entendu pas encore rendu là. Pour l’instant, le studio complète son premier titre, Destination Primus Vita, un jeu narratif avec puzzles qui se déroule dans un univers de science-fiction imaginé par Anne Gibeault.

Il s’agit d’un tout nouveau genre de jeu pour cette équipe habituée aux productions de plus de 500 personnes, mais le changement semble faire du bien. «On a une liberté créative qu’on n’a pas dans un grand studio, où chaque décision doit être approuvée à plusieurs niveaux. Ici, on fait de la création à longueur de journée», explique la directrice artistique Nancy Paulin avec une étincelle dans les yeux.

Et la création avance à la vitesse grand V. «On n’a pas les moyens d’Ubisoft, il ne faut pas que les choses niaisent», résume le programmeur principal Martin Paradis. Un prototype de Destination Primus Vita a d’ailleurs été complété en moins de trois mois seulement, et le premier épisode du jeu devrait être prêt dès le mois de mars 2018.

Ceux qui souhaitent l’acheter – et encourager au passage le premier studio de jeu vidéo paritaire au monde – peuvent le faire jusqu’au 15 décembre au 
www.primusvita.com.

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