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L’accès aux sites internet de piratage de musique et de vidéos pourrait bientôt être plus difficile.

Le piratage est-il mort? Pas selon la coalition Franc-Jeu Canada, qui rassemble notamment des diffuseurs, des producteurs de cinéma et des fournisseurs Internet et qui souhaite bloquer l’accès aux sites qui facilitent la diffusion illégale de produits culturels. Une idée qui risque d’avoir un effet limité sur un problème qui a de toute façon perdu beaucoup d’importance au cours des dernières années.

Un faux problème
Même si le piratage existe toujours, force est de constater que le problème n’est plus le même qu’il y a 10 ans, quand les entreprises culturelles voyaient leurs revenus chuter sans aucun espoir de stopper l’hémorragie.

En 2018, on pirate toujours, mais on achète aussi beaucoup plus de produits culturels numériques. Ce changement est particulièrement évident avec la musique. En 2016, l’industrie musicale canadienne est devenue la sixième en importance au monde, gonflée notamment par l’explosion des services de musique en diffusion comme Spotify et Apple Music. Selon un rapport de l’association Music Canada publié en 2017, la musique piratée ne compterait désormais que pour 6% de la musique écoutée par les Canadiens. Ce sont 6% de trop, mais on est quand même loin de l’hécatombe.

S’il est plus difficile d’obtenir des chiffres fiables sur le piratage de films et de séries télé, la même logique semble s’appliquer avec la vidéo. Les services en ligne comme Netflix ont d’ailleurs connu une croissance de 17,8 % au Canada en 2016, selon le CRTC.

Ceci n’est pas la bonne solution
L’importance relative du piratage ne signifie pas qu’il faille baisser les bras devant ce problème. Mais on peut se demander si la solution proposée par la coalition Franc-Jeu Canada est la bonne. Celle-ci souhaite mettre sur pied un organisme sans but lucratif, chapeauté par le CRTC, qui édicterait une liste des sites devant être bloqués par les fournisseurs d’accès Internet.
En laissant l’argument juridique de côté – certains regrettent notamment l’absence de révision judiciaire dans le processus; d’autres considèrent, un peu à tort, qu’il s’agit d’une menace au concept de neutralité d’internet –, on se rend compte que les effets d’une telle pratique seraient probablement limités.

Les sites bloqués sont en effet faciles à contourner avec un logiciel de type VPN, qui camoufle le trafic internet aux yeux de son fournisseur. Quiconque choisit de pirater en 2018, que ce soit parce qu’il refuse de payer pour un certain produit ou parce que les solutions de rechange légales ne conviennent pas à ses besoins, continuera de le faire en se compliquant tout simplement un peu plus la vie.

La création d’une liste de sites bloqués par l’industrie ouvre aussi la porte aux excès et aux erreurs, qui pourraient nuire à des sites légaux et aux besoins légitimes de certains internautes.

Que faudrait-il faire?
Au lieu de privilégier le bâton pour enrayer le piratage, l’industrie devrait plutôt continuer de miser sur ce qui lui a permis d’atténuer le problème au cours des dernières années : l’amélioration de l’offre culturelle numérique légale.

Au Canada, l’accès à plusieurs contenus est encore difficile ou impossible en ligne sans payer une somme dérisoire ou devoir s’abonner au câble. L’absence du service HBO Go – qui offre les séries de la chaîne américaine en ligne et avec une application mobile – et l’obligation de souscrire au câble pour pouvoir accéder aux chaînes sportives sont de bons exemples.

Le piratage n’est plus l’ennemi des entreprises culturelles. À l’heure actuelle, s’assurer que les entreprises canadiennes puissent concurrencer à armes égales avec les géants américains, encourager une bonne représentativité du contenu canadien sur les plateformes vidéo en ligne et s’assurer d’une redistribution juste et équitable des revenus des services de diffusion de musique avec les artistes m’apparaissent des enjeux beaucoup plus importants. Il faut s’attaquer aux problèmes du présent et de l’avenir, non à celui du passé.

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