Getty Images/iStockphoto

Cinq ans après le début de son implantation dans les écoles du Québec, le tableau blanc interactif a fait l’objet d’une vaste étude menée par des chercheurs de l’Université de Montréal. Bienfaits, faiblesses et pistes de solutions: on en discute avec Thierry Karsenti, responsable de l’étude.

Un outil  complexe
À la lecture de l’étude dont il est l’auteur principal, on devine Thierry Karsenti critique, voire ouvertement en guerre contre le tableau blanc interactif (TBI). «Ce n’est pourtant pas le cas, précise le titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l’information et de la communication en éducation. Je m’en tiens aux faits, lesquels concluent que l’outil est complexe à intégrer en classe, malgré ses avantages.»

Dans cette enquête réalisée auprès de 11 683 élèves et 1131 enseignants, la fréquence des problèmes techniques du TBI est citée comme le principal désavantage par les deux camps – 33,5% et 70,6% respectivement. La petite taille des écrans est aussi critiquée par les enseignants (9,6%) et les élèves (25,4%), quoique les premiers lui reprochent davantage d’être chronophage (17,3%).

Fait intéressant: les élèves déplorent le manque de maîtrise du TBI chez les enseignants (19%). «La quasi-totalité du temps, les enseignants l’utilisent comme simple projecteur électronique et délaissent ses fonctions interactives», souligne Thierry Karsenti. Selon lui, il serait d’ailleurs plus juste de parler de tableau blanc, point à la ligne.

La possibilité  d’innover
Cela dit, l’étude démontre également le réel potentiel pédagogique du TBI. La manipulation de l’outil par les élèves, notamment, aurait un impact positif sur leurs résultats scolaires. Sa connexion internet et son utilisation judicieuse par certains enseignants de matières «arides», comme les mathématiques, figurent aussi sur la liste des bons coups du TBI.

«Ça ouvre la porte à l’innovation pour les professeurs. Ils doivent mieux se préparer, aller au-delà d’un simple diaporama», indique le chercheur, qui souligne d’ailleurs l’importance d’un soutien technologique et pédagogique adéquat pour les enseignants. «Le grand drame du TBI, c’est qu’il soit arrivé soudainement dans leur quotidien, sans qu’ils aient pu s’y préparer adéquatement», estime-t-il.

Une réflexion  s’impose
Officiellement implanté à partir du 23 février 2011, le TBI a franchi cette année le cap des cinq ans. Cet anniversaire marque le début de renouvellement de l’outil. Selon Thierry Karsenti, une «sérieuse réflexion» doit être faite avant de le reconduire dans les écoles du Québec ou encore de le remplacer par un projecteur haute définition. «Il ne faut pénaliser personne, surtout pas les enseignants qui maîtrisent le TBI. Ça revient aux écoles et aux enseignants de décider au cas par cas», tranche-t-il.

Peu importe les décisions qui seront prises, Thierry Karsenti se réjouit au moins d’une chose. «Pour une fois, au Québec, on a essayé d’innover en éducation. Ce banc d’essai, même si son bilan est mitigé, est tout de même notable.»

Aussi dans Carrières :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!