Une expérience réalisée au sein d’une entreprise chinoise de 16 000 employés met en lumière les avantages du télétravail. Faits saillants de cette étude et analyse par une experte du travail à distance.

Télétravail rime-t-il avec productivité? Ou, au contraire, avec procrastination? Alors que cette pratique ne cesse de gagner en popularité, cette question divise plus que jamais.
D’un côté, les employeurs, qui étaient 23 % à l’offrir au Canada en 2013, selon un sondage de BMO, craignent un laisser-aller, synonyme de chute de rendement, de la part de leurs employés. De l’autre, les employés voient dans cette pratique une manière de réduire le temps de transport et de faciliter la conciliation travail-famille.

Trancher le débat
Afin de trancher le débat, des chercheurs américains du National Bureau of Economic Research ont mené une étude comparative au sein de Ctrip, une entreprise chinoise de
16 000 employés cotée en Bourse. À partir d’un échantillon de 503 employés d’un centre d’appels de la compagnie, les scientifiques ont constitué deux groupes égaux.

Ensuite, ils ont envoyé la moitié des employés à la maison et gardé l’autre moitié au travail, et ce, pour une durée de neuf mois. Il est à noter qu’aucun changement n’a été apporté à la charge de travail des deux groupes, ni même à leurs outils de travail. Bref, seul le lieu de travail a été modifié.

Résultat? En analysant les données relatives aux performances de chacun des employés, les chercheurs ont constaté une hausse moyenne de 13 % du rendement des télétravailleurs. Mieux encore : le taux de rétention de ce groupe d’employés s’est amélioré de 50 %. Aussi, ces derniers rapportaient être davantage satisfaits et moins épuisés par leur travail. Quant au groupe confiné au bureau, sa  performance est restée inchangée.

Impressionnée, la direction de Ctrip a offert la possibilité du télétravail à l’ensemble des employés de ce centre d’appels. Surprise : plusieurs des télétravailleurs ont délibérément choisi de retourner au bureau, alors qu’un petit nombre d’employés cantonnés au bureau ont pris le chemin de la maison. La raison, selon les chercheurs : la crainte de la solitude occasionnée par le travail à distance.

Analyse
Joëlle Vincent, associée fondatrice chez ViaConseil, une firme de ressources humaines dont les six employés travaillent de la maison, n’est pas surprise par ces résultats. «Le télétravail ne convient pas à tous. Il faut bien savoir vivre avec une diminution du nombre de contacts sociaux, explique-t-elle. Si on est dépendant des conversations de machine à café, ce n’est pas pour nous!»

En outre, le «travail en pyjama» doit être bien encadré afin de maximiser son efficacité. «Il faut clarifier les attentes, les devoirs et les obligations en les couchant par écrit dans une politique, prévient l’experte. De plus, on évite de l’offrir trop rapidement à de nouveaux employés qui ne sont pas encore imprégnés de la culture de l’entreprise.» Par exemple, dans l’étude du National Bureau of Economic Research, seuls des employés ayant six mois ou plus d’expérience ont été sélectionnés.

En dépit des risques, les avantages du télétravail sont innombrables. «On augmente la productivité, on diminue l’absentéisme (et le présentéisme) et on attire des candidats,
surtout des jeunes générations, pour qui cette pratique présente de nombreux intérêts», conclut Joëlle Vincent.

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