Gratuité scolaire, absence de redoublement, scolarité tardive et tronc commun jusqu’à 16 ans… Le système d’éducation finlandais a de quoi surprendre les étudiants québécois, et il accumule les meilleurs résultats chaque année, selon l’enquête PISA (menée tous les trois ans auprès de jeunes de 15 ans dans les 30 pays membres de l’OCDE). Premiers de la classe mondiale, les Finlandais ont tenu le cap de leur réforme mise en place en 1970, fondée sur un socle: l’égalité.

Avec un score de 95 % de diplomation contre seulement 71 % de réussite pour le Québec, la Finlande arrive en tête des classements internationaux, révèle Réjean Parent, président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ). «On est en train de s’apercevoir qu’un pays fondé sur des bases égalitaires a de meilleures chances de réussite… ça détruit le mythe de la compétition», fait valoir M. Parent.

En Finlande, tout commence dès le plus jeune âge, avec une présence renforcée pour éviter le décrochage scolaire. «C’est une bonne chose que l’on ne fait pas assez au Québec, car un élève en difficulté de 6 ou 7 ans a 80 % de risques de décrocher», estime Réjean Parent.

Autre point fort de ce pays surdoué : un apprentissage précoce et intensif de deux langues maternelles (finlandais et suédois) et de deux langues étrangères (anglais et une autre langue). «Ça a forcément un impact sur le plan cognitif», assure Louise Lafortune, professeure en sciences de l’éducation à Trois-Rivières. Au petit écran, les films ne sortent que sous-titrés, obligeant les jeunes à écouter les versions originales.

Une valorisation de l’enseignement
L’école finlandaise commence à sept ans, soit un an plus tard qu’au Québec. Lors des concours internationaux, les Finlandais ont donc un an de moins que les autres élèves étrangers. «Et malgré ça, cette année ne semble pas leur manquer», observe Réjean Parent, de la CSQ. «Au lieu de chercher à ajouter des années scolaires, nous devrions peut-être nous aussi réfléchir à cette perspective», suggère Mme Lafortune.

Jusqu’à l’équivalent du secondaire 3, l’évaluation n’est pas perçue comme un processus de sélection, tandis que l’architecture des écoles et la place accordée aux élèves sont très différentes du modèle québécois. «La Finlande sélectionne davantage ses futurs enseignants et valorise plus la profession que le Québec, note Louise Lafortune. C’est un facteur très important pour la réussite des élèves, un véritable projet social mis en place sur plusieurs années.»

Car implanter des réformes prend du temps. En Finlande, les programmes sont élaborés par un organisme indépendant qui assure une certaine continuité. «Tout ça ne demande pas un budget démesuré. Il s’agit surtout de mettre les bonnes ressources au bon endroit», estime Réjean Parent.

S’inspirer sans transposer
Pour autant, pas de recette finlandaise qui tienne sans… la Finlande elle-même. «On ne peut pas prendre un élément et se dire qu’en le transposant, on arrivera forcément au même résultat», met en garde Louise Lafortune.

Si le cas de la Finlande peut amener à réfléchir sur les conditions d’enseignement au Québec, «la priorité est de se donner une véritable qualité d’enseignement, pour que tous les enfants du Québec puissent avoir un premier diplôme», fait valoir Réjean Parent.

Le chemin de la réforme reste encore difficile à prendre, comme en témoigne Louise Lafor­tune: «J’ai l’impression que le gouvernement va aller vers un système d’évaluation des connaissances plus que des compétences, ajoute-t-elle. Mais au 21e siècle, le plus important, c’est que les gens deviennent compétents.»

 Réforme en Suisse: au point mort

Petite sÅ“ur de la réforme du système scolaire québécois, la «Réno­vation» suisse semble désormais au point mort. Sous la pression du corps enseignant et des parents d’élèves, la Suisse a procédé à des aménagements, comme le retour des notes ou du redoublement. «La Suisse est un pays où s’exercent des milliers de résistances et où tout est négocié, tout le temps, affirme Maurice Tardiff, professeur à la faculté des Sciences de l’éducation de l’Université de Montréal.

Il existe trois Suisse : la Suisse alémanique, la Suisse romande et la Suisse italienne. Celle qui se rapproche le plus du système québécois est la Suisse romande, avec sa vision des compétences transversales et des cycles.»

Un exemple tout de même
Sans vouloir comparer le Québec à la Suisse, Maurice Tardiff pense qu’il est possible de s’inspirer de l’expérience helvète : «L’avan­tage, en Suisse, c’est qu’il n’existe pas de système privé. L’État investit davantage dans les écoles publiques et ne finance aucun système privé.»

La taille des établissements ferait aussi la différence : «Au Québec, les écoles sont trop grandes, surtout à partir du secondaire, alors qu’en Suisse, elles sont davantage à taille humaine et permettent aux élèves de mieux s’impliquer», explique M. Tardiff.

Autre point fort, l’enseignement professionnel, un domaine dans lequel la Suisse investit beaucoup de moyens: «La formation professionnelle accueille près de 60 % des jeunes, avec une scolarité obligatoire jusqu’à l’âge de 15 ans, note le professeur. Au Québec, nous devons vraiment bâtir un système attractif articulé autour des entreprises privées, car nos jeunes sont trop souvent pris pour du cheap labour

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