Séparer vie personnelle et travail n’est pas toujours possible.

Alors que certains se remettent d’un deuil en un mois, d’autres ont besoin de six mois pour vivre cette expérience. Au travail, il est possible d’arriver à vivre avec l’inévitable en faisant respecter ses droits et en ayant un environnement propice au deuil.

Des congés obligatoires
Outre les salariés déjà en congé (de maternité, de paternité, ou en vacances), tous ont droit à un minimum de répit lorsque survient la mort d’un proche. «Pourvu que le salarié avise l’employeur de son absence le plus tôt possible», spécifie Geneviève Trudel, porte-parole de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail.

Selon la Loi sur les normes du travail, les plus longs congés sont réservés aux salariés qui perdent un proche de manière violente. Lorsqu’un conjoint ou un enfant se suicide, ils ont en effet un maximum de 52 semaines de congé. On prévoit aussi 104 semaines de congé si le décès de son conjoint ou de son enfant résulte d’un acte criminel.

Si le conjoint, l’enfant, l’enfant du conjoint, le père, la mère, le frère ou la sœur décède, il est permis au salarié de s’absenter cinq jours, dont un jour avec salaire. Dans les mêmes conditions, l’industrie du vêtement est plus généreuse : sur les cinq jours de congé, trois sont payés.

Si c’est le gendre, la bru, un grand-parent, un petit-enfant, le père ou la mère du conjoint, ou bien le frère ou la sœur du conjoint, le salarié peut prendre une journée de congé, mais sans salaire. Du côté de l’industrie du vêtement, il y a encore une distinction : le décès des grands-parents ou des parents du conjoint permet une absence d’une journée avec salaire, alors que le décès d’un gendre ou d’une bru, d’un de ses petits-enfants ou encore du frère ou de la sœur du conjoint, ne donne droit qu’à une journée de congé sans salaire.

Après les congés…
La loi permet quelques jours de congé lorsque survient le décès, mais ce n’est évidemment pas suffisant pour faire son deuil. Alors, il vaut mieux que les gens au travail soient prêts à y mettre du leur.

«Mourir, c’est compliqué!» admet Jean-Daniel Doucet, qui a perdu sa mère en 2008. Remplir les papiers de décès, prendre acte du testament, choisir le cercueil, effectuer les arrangements funéraires… Pour lui qui était à la maîtrise en sciences biomédicales à cette époque, il lui a fallu au moins deux semaines après le décès avant de rentrer au boulot. Et auparavant, il avait veillé sa mère mourante pendant environ trois mois.

«Au travail, j’ai eu beaucoup de soutien, dit M. Doucet. Mon patron était conscient qu’il était inutile de me garder au travail dans cette condition de non-efficacité.» Une journée marquante pour lui : alors qu’il était assis devant son ordinateur, blanc comme un drap et avec les yeux dans l’eau, une collègue s’est installée à ses côtés. Elle l’a écouté avant de lui dire de rentrer chez lui. Puisqu’il travaillait avec des cultures cellulaires (donc impossible d’arrêter l’expérience en cours), ses partenaires de laboratoire ont pris le relais, sans lui mettre de pression.

Pour M. Doucet, l’humanité de ses collègues lui a permis de vivre son deuil et de remonter la pente. «Voir de la compassion dans le visage, savoir que les collègues étaient là pour me soutenir, c’est ce qui a fait la différence, souligne-t-il. Il n’y a tout simplement rien à dire! Il faut juste écouter les gens qui vivent un deuil.»

Et être empathique pendant une durée prolongée : M. Doucet a pris un an à se remettre du décès de sa mère. «Le problème, c’est qu’après un mois ou deux, au moment où tu ressens encore plus le manque de la personne, la vie des collègues est revenue à la normale.» Et nécessairement, ils comprennent un peu moins que le collègue endeuillé ne soit toujours pas au sommet de sa forme.

En contrepartie, il ne faut pas non plus s’enliser dans la souffrance de l’endeuillé! «La personne qui accompagne doit tracer une ligne. Sinon, elle va se brûler», conseille Jean-Daniel Doucet en pensant à une collègue de travail qui l’a beaucoup aidé… au péril de sa propre santé mentale.

Ce qui est sûr, c’est que dans ces moments d’extrême vulnérabilité, Jean-Daniel Doucet s’est senti entouré, soutenu, et encore aujourd’hui, il reste très proche de l’équipe de travail qui a si bien su l’accompagner dans ces moments difficiles.

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