Estimer la somme nécessaire pour vivre confortablement une fois à la retraite est une opération pleine de mystère pour la plupart des Québécois.

L’importance du budget
Pour aider ses clients à planifier leurs vieux jours, la spécialiste Maud Salomon les soumet à un petit exercice. Elle leur propose de coucher sur papier, dans deux grilles distinctes, leurs dépenses actuelles et celles auxquelles ils devront faire face une fois à la retraite. «En comparant ces budgets, je peux me faire une idée de mon train de vie actuel, tout en amorçant une réflexion sur la façon dont j’envisage l’avenir», explique la représentante en épargne collective rattachée à Mica.

Vais-je vendre ma maison et m’acheter un condo? Garder mon auto et prendre davantage le métro? Bref, les dépenses risquent de ne pas être les mêmes. «Je vais peut-être privilégier les divertissements comme les voyages ou les livres, continue Mme Salomon. Je vais par contre couper dans les vêtements de travail et les repas à l’extérieur.»

Pour Francis Sabourin, planificateur financier et gestionnaire de portefeuille, cela permet de voir s’il en manque à la fin du moins. «Ça va vite, avec les cartes de débit et de crédit.»

À quel âge la retraite?
Mme Salomon pense que la retraite est un concept complètement flou pour les trentenaires. «Avant, on calculait le temps qu’il nous restait à travailler; aujourd’hui, on s’adresse à des entrepreneurs», indique celle qui préfère parler d’indépendance financière. Elle encourage ses clients à estimer la durée de leur retraite afin de procéder à un calcul sommaire de leurs futurs besoins financiers.

En arrêtant de travailler à l’âge de 60 ou de 65 ans, avec une espérance de vie de 85 à 90 ans, il faudra subvenir à ses besoins de 20 à 25 années. «Si vous voulez vivre avec 30 000$ par an pendant 
25 années, on arrive à un 
750 000$, explique Mme Salomon. Ça donne un ordre d’idée!»

La règle du 70%
Longtemps utilisée, cette règle nous permettait d’évaluer nos besoins à la retraite, soit 70% de nos revenus bruts pendant nos années d’activité. Aujourd’hui, nombreux sont les planificateurs financiers qui la relativisent. «L’origine de ce chiffre vient des fonds de pension, qui disaient que 35 ans de service donnaient droit à une rente de 2% par année travaillée, explique Francis Sabourin. Ça reste arbitraire.»

Si Maud Salomon pense que cette règle peut constituer une base intéressante et en aider certains à y voir plus clair, elle ne s’y fie pas toujours.

Une personne qui gagne annuellement 20 000 $ pourrait-elle subvenir à ses besoins avec 14 000$? Sans compter que ce taux de remplacement ne tient pas compte du coût de la vie, de l’inflation, de l’âge réel de la retraite, de la situation familiale ou encore du train de vie, qui ne sera pas le même à 65 et à 85 ans. «D’où l’importance de savoir ce que je veux faire à ma retraite, rappelle 
Mme Salomon. Il faut surtout rester équilibré dans nos projections; je vais sans doute partir plus souvent en vacances au début, puis débourser davantage pour des soins médicaux.»

Mme Salomon recommande alors de se baser sur des chiffres plus élevés et des rendements moins hauts pour ne pas générer d’angoisse inutile.

Diversifier ses sources 
de revenus
Dans un sondage réalisé par CIBC en janvier 2018, 57% des Canadiens interrogés comptaient sur les régimes gouvernementaux comme principale source de revenus à la retraite, soit la pension de la Sécurité de la vieillesse (SV), le Régime de rentes du Québec (RRQ) et le Supplément de revenu garanti (SRG), réservé aux personnes à faibles revenus.

Si ces sommes sont indexées au coût de la vie, elles sont toutefois imposables (à l’exception de la SRG). «On estime que les gouvernements nous donneront 
15 000 $ en moyenne, explique Mme Salomon. C’est peu.»

C’est là que l’épargne intervient, par le biais du CELI, du REER, ou d’autres placements non enregistrés. «La clé, c’est la diversification de mes outils d’épargne et de placement pour avoir plusieurs sources de revenus, tout en essayant de maximiser l’impact fiscal», poursuit Mme Salomon.

Certains retraités choisissent même de se trouver un petit boulot pour mettre un peu de beurre dans les épinards, ou pour ne pas toucher à leurs REER.

Trucs

Voici quelques conseils pour une retraite confortable:

  • Réévaluez votre plan régulièrement. «À chaque événement de vie, puis à l’approche de la retraite, on fait le point sur sa situation», insiste Mme Salomon.
  • Payez-vous d’abord! 
«Mettez un montant de côté mensuellement avant de payer vos dépenses, comme une épargne forcée», dit Francis Sabourin.
  • Misez sur les intérêts 
composés. En économisant le plus tôt possible, on profite de la magie des intérêts composés; les intérêts périodiques sont réinvestis au capital et deviennent 
à leur tour porteurs 
d’intérêts.

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