collaboration spéciale Kofi Sonokpon en pleine conférence dans une école secondaire.

Cette semaine sont célébrées les Journées québécoises de la persévérance scolaire.

Métro a rencontré pour l’occasion Kofi Sonokpon, expert aéronautique international détenteur d’un MBA en Aviation internationale de l’Université Concordia. M Sonopkon est considéré comme un acteur clé de la lutte contre le décrochage.

Conférencier depuis 2010 dans les écoles, où il a rencontré des milliers de jeunes, il participe actuellement à la tournée Trouve ta place, du Réseau réussite Montréal. Voici son point de vue sur la question.

Vous avez été sélectionné comme Modèle national de persévérance et d’accomplissement par le gouvernement du Québec en 2012. Quel est le principal message que vous voulez faire passer?
Il est important de croire en son avenir. Il est important de se concentrer sur ses études et de bien travailler à l’école. C’est une chose que j’ai comprise très tôt dans la vie, car l’éducation constituait pour moi la seule porte de sortie de la pauvreté.

Je n’ai pas appris cela tout seul, mais bien grâce à ma mère, qui m’a prodigué ce conseil alors qu’elle-même n’a pas été à l’école. Elle m’a dit : «Mon fils, tu as un bel avenir devant toi à condition que tu travailles à l’école.» Je veux donc partager son message.

Chaque année, près de deux millions de jeunes Canadiens et d’Américains quittent le secondaire sans avoir obtenu leur diplôme, dites-vous. Vous qualifiez cette situation de «tsunami caché». À quoi est-elle attribuable?
Plusieurs facteurs sont en jeu. Ce qui revient souvent dans les études, ce sont les difficultés d’apprentissage, les conditions de vie difficiles, la pauvreté.

Et pour vous, aucune excuse ne peut justifier le décrochage…
C’est vrai. Je suis né au Togo, en Afrique de l’Ouest, dans une famille nombreuse de 15 en­fants. Mes parents n’étaient pas riches et, à l’école, j’ai très vite éprouvé des difficultés d’apprentissage. J’avais 9 ans quand j’ai réussi à maîtriser la lecture et les mathématiques comme il le fallait. Puis, mon père est décédé quand j’avais 12 ans et ma mère nous a élevés en tant que monoparentale jusqu’à mes 21 ans, quand elle est elle-même décédée. Je me suis alors retrouvé plus ou moins sans ressources. Heureusement, mon oncle et ma tante m’ont recueilli et se sont très bien occupés de moi, mais pour moi, il a toujours été clair qu’il fallait que je m’en sorte, que je ne pouvais pas rester avec eux toujours.

Même quand je suis arrivé au Canada pour faire ma maîtrise en administration des affaires à Concordia, en octobre 1999, dans les faits, je ne pouvais même pas me payer mes études. Après moins d’un mois, il ne me restait que 1 000 $ en poche pour survivre pendant 13 mois, et je m’étais fixé un budget de 10 $ par semaine. Pour moi, les études étaient la seule porte de sortie.

Pourtant, quelles que soient les raisons que j’aurais pu avoir pour abandonner, j’ai tenu bon et j’ai continué. Aujourd’hui, je suis très fier d’avoir persévéré.

Cette histoire, vous la racontez dans un livre, Le vol imPOSSIBLE (2e édition, Éditions Temeris), dont 20 % des recettes sont versées à des organisations à but non lucratif dont la mission est de promouvoir l’éducation, de prévenir le décrochage scolaire et d’encourager le raccrochage. Que faut-il encore faire pour que les jeunes, et particulièrement les garçons, restent sur les bancs de l’école?
D’abord et avant tout, il faut valoriser l’éducation et en faire l’affaire de toute la population. Il faut que, dans nos conversations, on puisse partager avec les jeunes les opportunités qu’on aurait pu rater si on n’avait pas fini nos études. Ensuite, il faut que les gens s’impliquent comme volontaires pour soutenir les organismes œuvrant en ce sens. À Montréal, plusieurs actions sont d’ailleurs menées. Il faut aussi que les gens qui ont persévéré racontent leur histoire.

Ces récits peuvent toucher un jeune, changer sa vie et lui permettre de comprendre l’importance de l’éducation. Enfin, on peut aider ces organismes à but non lucratif à récolter des fonds.

Du théâtre pour les ados
Depuis près de 20 ans, la Rencontre Théâtre Ados propose des projets structurants visant la persévérance scolaire. Un des projets de cette année, L’échappée belle, lancé en octobre à l’école secondaire Saint-Maxime, à Laval, vise, à la faveur de la conception d’une œuvre théâtrale, à contribuer à développer l’estime personnelle, la confiance en soi et le respect de l’autre. La pièce sera présentée ce printemps.

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