Pendant plus d’une décennie, Mrs Moneypenny, alias Heather McGregor, a
raconté la vie d’une femme de carrière dans sa tribune du Financial
Times. La chasseuse de tête vient de publier un guide pour aider les
femmes qui veulent réussir leur vie professionnelle, Mrs Moneypenny’s
Careers Advice for Ambitious Women. Entretien.

Les femmes – et les hommes – aiment les conseils de Mrs Moneypenny dans le Financial Times. Métro a rencontré celle qui se cache derrière le personnage, la chasseuse de têtes Heather McGregor, au Forum économique mondial de Davos.

Que doit-on faire si, à 27 ans, on découvre que sa vocation est ailleurs?

Janet Robinson était enseignante. À 27 ans, ou peut-être 30, elle a démissionné et est déménagée à New York. Elle n’avait aucune idée de ce qu’elle voulait faire, mais elle était une bonne joueuse de tennis et en savait beaucoup sur ce sport. Elle est donc devenue conseillère publicitaire pour un magazine sur le tennis. C’était un emploi très mal rémunéré, et elle n’avait pas d’expérience dans ce domaine. Néanmoins, elle est maintenant PDG du New York Times Company. Voilà un bon exemple de ce qu’on peut faire d’habiletés qui semblent anodines.

Les hommes passent beaucoup de temps sur les terrains de golf, mais les femmes ne s’adonnent pas autant au réseautage. Pourquoi?
Elles ont moins de temps. Une semaine ne compte que 168 heures et quand elles rentrent à la maison, elles ont beaucoup d’autres choses à faire. La veille de mon départ pour Davos, j’identifiais les vêtements de mon fils à l’aide d’étiquettes personnalisées. Je suis ici quatre jours puis, dimanche, quand je rentrerai, je verrai ma famille trois heures avant de retourner au travail lundi.

Moi aussi, et je me sens coupable.
Les femmes, particulièrement les mères, se sentent coupables tout le temps! C’est pourquoi apprendre à dire non est une habileté importante à acquérir. Vous devez vous habituer : dire non est aussi inconfortable que de se faire épiler les jambes, mais cela dure peu de temps. Ensuite, les bénéfices
se font sentir à long terme.

Les femmes et les mères ne s’aiment pas beaucoup. Êtes-vous d’accord?
J’ai une théorie différente: personne n’a jamais dit aux jeunes femmes qu’elles peuvent tout avoir. Elles arrivent dans un monde où tout est possible. Nous devrions dire aux filles : «Oui, vous pouvez tout faire, mais pas en même temps! Il n’y a pas que les enfants qui se mettent en travers de la route des femmes. Vous pouvez être mariée à quelqu’un qui doit souvent voyager par affaires, vous pouvez avoir un proche malade ou des parents vieillissants. Quand, par exemple, vous avez des enfants, vous vous sentez coupable : «Je veux être une bonne mère, une bonne épouse, une bonne amie, avoir une belle carrière…» Si vous ne déterminez pas quelles sont vos priorités, vous finirez par réaliser des performances quelconques partout.

Alors…
Si vous vous concentrez sur votre carrière pendant trop longtemps, vous finirez par avoir besoin d’une fécondation in vitro si vous voulez un jour des enfants. Les femmes doivent reconnaître qu’elles doivent faire des choix, et c’est difficile parce que les gens n’aiment pas choisir. Vous pouvez quand même avoir une carrière, mais vous devez être lucide. Vous devez vous dire : «Pour le moment, mes enfants sont plus importants.»

Ensuite, quand vous reviendrez, vous pourrez y aller à toute vapeur. Comme il est difficile de revenir après un congé prolongé, pensez à une stratégie. Alors que vos enfants sont petits, essayez de trouver un emploi qui demande moins d’investissement en temps.

Que pensez-vous des quotas de femmes dans les postes supérieurs?
Je n’y crois pas. En Norvège, on a instauré des quotas de femmes dans les conseils d’administration. Résultat: il y a de nombreuses incompétentes dans ces conseils. Aujourd’hui, quand une femme est nommée à un CA en Norvège, les gens supposent qu’elle a été choisie parce qu’elle est une femme. Et la performance des entreprises norvégienne n’est pas supérieure.

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