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Les troubles de l’alimentation touchent de 15 % à 20 % des filles et des femmes. Bien que cette proportion n’ait pas changé depuis le début des années 2000, elle «plafonne de façon alarmante», selon le psychologue Howard Steiger, chef du programme des troubles de l’alimentation à l’Institut Douglas. À l’occasion d’un colloque organisé pour le 30e anniversaire de ce programme, il répond aux questions de Métro.

Une conférence à laquelle le public est invité jeudi soir abordera le sujet des «standards destructifs de l’apparence pour les femmes et les jeunes filles». Quelle est influence de cet idéal par rapport aux troubles alimentaires?
Ce n’est pas le seul, mais c’est un facteur de risque important. On ne peut pas développer un trouble de l’alimentation si on ne fait pas de restriction calorique. Dans un contexte environnemental ou social, tout ce qui pousse les gens à faire trop de régimes, à sentir qu’ils doivent perdre du poids, devient un facteur de risque.

Il y a de nombreuses études qui démontrent que plus on a une exposition à cette image unique de beauté basée sur la minceur, plus ça cause une détérioration de l’image de soi chez les gens. Ça augmente la dépression, ça génère de l’insatisfaction corporelle. Et cet effet est particulièrement fort chez les adolescentes.

Est-ce que c’est possible, dans le contexte actuel, de s’affranchir des standards?
Absolument. Les médias, les producteurs de vêtements, des détaillants, n’importe qui peut influencer les goûts et les préférences des gens. Un des objectifs-clés, c’est d’introduire des concepts comme celui de la diversité corporelle. On ne veut pas rendre illégal le fait d’être mince, mais on veut permettre un espace pour d’autres formes et tailles.

Certaines entreprises agissent justement en faisant la promotion de la diversité corporelle, mais individuellement, qu’est-ce que les gens peuvent faire?
Il est possible de porter plainte quand on voit des annonces qui exploitent trop la minceur. De plus, il faut creuser un peu ses propres croyances et ses valeurs et se questionner sur pourquoi il faut être mince. On peut aussi se demander si on veut associer à la minceur toutes sortes de concepts positifs comme la réussite ou l’attirance.

«Je dis toujours à mes patientes : “T’as pas demandé à avoir ce trouble, tu l’as pour de bonnes raisons et quand tu vas comprendre ces raisons tu vas pouvoir dire sans honte : ‘c’est pour ça que j’ai développé le trouble’ ”. C’est moins culpabilisant.» – Howard Steiger, chef du programme des troubles de l’alimentation à l’Institut Douglas

Vous travaillez sur les troubles alimentaires depuis une trentaine d’années. Comment la situation a-t-elle changé depuis?
D’abord, il y a eu un changement important dans notre conceptualisation des troubles de l’alimentation. Avant, c’était facile de dire que c’était produit par les pressions culturelles liées à la minceur, par les familles trop protectrices… Nous comprenons maintenant que les troubles de l’alimentation sont un exemple des interactions des gènes avec l’environnement. Et le déclencheur final, c’est toujours la restriction calorique. L’état nutritionnel est très important pour influencer l’expression des gènes.

Ce qui cause un trouble alimentaire, ce n’est pas que les gens sont superficiels, ou bornés ou manipulateurs, c’est qu’ils ont de vraies susceptibilités activées par des choses qui peuvent leur arriver avant ou après la naissance, et qui finalement sont déclenchées par un régime [qui, lui, peut être influencé par l’image que la société nous envoie]. Pensons à un interrupteur. On peut l’utiliser pour allumer la lumière ou pour l’éteindre.

Ensuite, le traitement a changé. Avant, on pensait que c’était la dénutrition qui causait toutes sortes de problèmes et qu’il fallait forcer la personne à manger et rétablir son poids le plus rapidement possible. Maintenant, le traitement, c’est plutôt d’aider les personnes à faire les changements de façon volontaire.

Finalement, les services ont changé. On offre maintenant un continuum de services, entre les thérapies basses en intensité, l’hôpital de jour, et les hospitalisations, tout ça pour répondre aux besoins particuliers. Nous avons aussi ajouté en janvier un volet de ce type pour les adolescents.

Vous avez déjà affirmé que l’anorexie est une phobie. Comment ce constat peut-il influencer le traitement?
Je dis toujours aux gens que je traite : «Ce n’est pas un problème de poids, c’est un problème de peur de prendre du poids.» Ça définit des actions très différentes. Le traitement cherche à maîtriser la peur.

Si je souffrais d’agoraphobie grave, par exemple, je pourrais devenir prisonnier de ma maison. Si elle prenait feu, je devrais courir dehors pour me sauver et à la porte, je me dirais : «Est-ce que je veux vraiment aller dehors?» Je pense qu’une personne qui souffre d’anorexie vit ça. Elle sait qu’elle a besoin de manger, elle sait qu’elle souffre de dénutrition, mais elle a peur de faire ce qu’elle doit faire pour s’en sortir.

Quel autre message aimeriez-vous adressez au gens à propos des troubles de l’alimentation?
Les gens ont besoin de savoir qu’on surmonte les troubles alimentaires tous les jours. Les données démontrent que le plus longtemps on suit les gens qui ont un trouble de l’alimentation, la plus grande est la proportion des gens qui se rétablissent. Ce n’est jamais nécessaire d’accepter de vivre avec un trouble de l’alimentation. Ça peut être dur parfois et c’est toujours plus long qu’on souhaite pour le surmonter, mais il y a des traitements qui marchent et les gens ne devraient jamais avoir peur de les approcher.

Conférence publique
«Pouvons-nous créer un monde dans lequel les femmes et les jeunes filles sont libérées des standards destructifs de l’apparence?»: cette conférence publique par la Dre Carolyn Black Becker, de la Trinity University de San Antonio, sera prononcée jeudi à 19h à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas. Elle sera aussi diffusée en direct sur la page Facebook de l’Institut.

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