À 31 ans, Tiko Kerr donnait des cours de plongée sous-marine en Australie. Il menait alors une vie sans histoire. À la suite d’un examen médical de routine et d’une prise de sang qui devaient confirmer son très bon état de santé, la nouvelle est tombée: le virus du VIH était en train d’affaiblir son système immunitaire. «J’étais détruit, confie le Vancouvérois. À l’époque, il y avait peu d’espoir de survivre à la maladie, et les gens atteints du virus étaient rapidement stigmatisés. J’ai beaucoup souffert.»

Vingt-sept ans plus tard, Tiko Kerr est plus en forme que jamais. L’artiste en arts visuels bien en vue de Vancouver rame quatre fois par semaine et est très engagé dans sa communauté pour réclamer un meilleur accès aux traitements contre le VIH/sida. C’est que Tiko Kerr s’est battu en 2005 pour pouvoir participer à un essai clinique. Il avait suivi tous les traitements possibles pendant 20 ans et, chaque fois, il avait développé une résistance aux médicaments. Son état se dégradait.

Le Dr Julio Montaner, une sommité dans la lutte contre le VIH/sida, lui a alors parlé des antirétroviraux TMC114 et TMC125, maintenant aussi connus sous le nom de Darunavir et de Prezista, qui donnaient de bons résultats avec des patients d’Angleterre atteints du VIH/sida. Le Dr Montaner voulait essayer le nouveau traitement sur six patients mourants, dont Tiko Kerr, mais Santé Canada refusait de lui donner le feu vert. «Le Dr Montaner est un militant très dynamique, ce qui dérangeait beaucoup de gens à Ottawa, rapporte M. Kerr. Alors, ils refusaient de faire quoi que ce soit avec lui.»

Tiko Kerr, qui était déjà un artiste connu, a donc pris le relais pour réclamer publiquement l’accès au nouveau traitement. Le public l’a massivement appuyé, ce qui a embarrassé le gouvernement fédéral. Après 10 mois d’attente et la mort d’un des patients séropositifs qui attendaient les nouveaux médicaments, Santé Canada a finalement donné son accord.

En janvier 2006, Tiko Kerr a ingurgité les premières pilules TMC114 et TMC125 et, un mois plus tard, le virus du VIH n’était plus détectable dans son organisme. «Je continue de prendre les mêmes médicaments aujour­d’hui et je n’ai ni symptô­me de la maladie ou effet secondaire, mentionne M. Kerr. Je suis en rémission totale. Le virus n’est pas détruit, ajoute-t-il. Il est présentement maîtrisé et il se cache dans mon organisme. Il peut resurgir à n’importe quel moment.»

Malgré tout, Tiko Kerr est en mesure de vivre une vie normale. «Toutes les fois que ma nature mortelle a été mise au défi, j’ai compris la réelle valeur de ma vie, explique-t-il. Après coup, je peux dire que cette expérience a été enrichissante. J’ai découvert la force que j’ai pour me tenir debout dans des situations difficiles et le soutien que ma communauté peut m’apporter.»

Aujourd’hui, M. Kerr tente de donner aux gens qui l’entourent. Il est évidemment très engagé dans la lutte contre le VIH/sida et il est devenu le défenseur des populations marginalisées, comme les autochtones, qui sont victimes de discrimination et qui peinent à avoir accès aux médicaments contre le VIH/sida. «Mon travail vise désormais la justice sociale», dit-il.

Une toile de Tiko Kerr intitulée On Compassion

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