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Prendre des médicaments disponibles sur les tablettes ou prescrits par son médecin paraît banal, et les risques d’effets secondaires graves semblent presque nuls. C’est faux, nous apprend La vérité sur les médicaments, un ouvrage coordonné par Mikkel Borch-Jacobsen, en librairie dès mercredi. Ce philosophe et historien, qui enseigne à l’Université de Washington, s’est entouré de 12 experts de plusieurs pays, comme des médecins, des épidémiologistes, d’anciens employés de l’industrie pharmaceutique et des journalistes d’enquête, pour produire une brique de 500 pages, grande enquête sur l’industrie qui fait ressortir ses dérives. Métro a rencontré M. Borch-Jacobsen.

Vous dites que l’intérêt des compagnies pharmaceuti­ques ne coïncide pas avec l’intérêt public. Pourquoi?
Comme toutes les autres entreprises, les pharmaceutiques ont pour objectif de faire le plus de profit possible, en vendant le plus de produits possible, le plus cher possible. En somme, c’est de pousser à la surconsommation. On trouve ça normal pour l’industrie pétrolière. Mais est-ce dans votre intérêt qu’on vous fasse avaler le plus de pilules possible?

Quelles sont les tactiques des compagnies pharmaceutiques pour faire du profit?
Il y en a plusieurs, mais l’une d’elle est de concentrer tous ses efforts sur des affections qui ne mettent pas directement en danger la vie du consommateur tout en durant longtemps. L’industrie a décidé de traiter toutes sortes de conditions qui n’étaient pas considérées comme pathologiques dans le passé, comme la ménopause, le taux de cholestérol ou la dysfonction érectile. Pendant ce temps, elle délaisse les recherches qui permettraient de guérir certaines maladies. En guérissant les gens, l’industrie coupe la branche sur laquelle elle est assise, elle limite son marché potentiel. Je ne suis pas le seul à le dire, les dirigeants de l’industrie le font eux-mêmes. Il y a des citations à ce sujet dans le livre. En outre, l’industrie n’a pratiquement aucun intérêt à trouver des remèdes pour des maladies infectieuses présentes dans les pays pauvres.

Votre livre avance que nous prenons plusieurs médicaments inefficaces et risqués. Pourquoi mon médecin me prescrirait-il un médicament s’il n’est pas bon pour moi?
Il y a de fortes chances que votre médecin ne soit pas au courant de l’efficacité réelle et des effets secondaires du médicament en question. Les médecins sont très occupés, et c’est utopique de leur demander de vérifier toute l’information à la source. D’ailleurs, ils pourraient difficilement le faire, puisqu’il leur faudrait avoir accès aux données brutes des recherches sur ces médicaments, des données que les industries pharmaceutiques considèrent comme leur propriété privée. Ça devrait être le boulot des agences sanitaires de vérifier, avant d’autoriser un produit, que les études ont été bien faites, mais elles sont souvent financées par les laboratoires qu’elles sont censées contrôler. Le médecin de quartier n’a pas d’autre choix que de se fier aux indications fournies par les pharmaceutiques et leurs représentants. C’est dans l’intérêt de ces compagnies de minimiser, voire de cacher les risques associés aux médicaments.

En 2011, le chiffre d’affaires mondial de l’industrie pharmaceutique était de 956 G$, selon le groupe-conseil IMS Health. Ce sont des empires financiers avec énormément d’influence politique et juridique, et beaucoup de lobbyistes à l’œuvre. Comment faire pour nous protéger?
Nous sommes des consommateurs, et si nous ne voulons plus consommer, l’industrie pharmaceutique devra changer. Nous avons un énorme pouvoir sur cette industrie. Je ne dis pas qu’il faut arrêter de prendre des médicaments. Plusieurs d’entre eux sauvent des vies. Mais pour certains problèmes, il y a d’autres stratégies extrêmement simples qui fonctionnent mieux que des médicaments et qui ne coûtent rien. Peut-être que votre médecin ne vous dira pas que marcher tous les jours est meilleur pour votre dépression qu’un antidépresseur, ou que changer votre alimentation peut réduire énormément votre problème de cholestérol, mais c’est le cas.

Crimes sans coupables
La vérité sur les médicaments s’ouvre sur un chapitre rappelant plusieurs scandales sanitaires qui ont eu lieu dans le monde et qui ont plusieurs points en commun. D’abord, des quantités non négligeables de patients à qui on a administré un médicament subissent des effets atroces : maladies de peau, enfants difformes, pensées suicidaires, problèmes cardiaques, décès. Les compagnies nient le lien de cause à effet entre leur produit et ces affections, jusqu’à ce que trop de cas s’accumulent ou que soient dévoilés des mémos internes. Il a souvent été découvert que les compagnies connaissaient les risques avant de mettre les médicaments en vente.

Dans les cas où les compagnies durent payer des dommages aux victimes, les montants sont dérisoires par rapport au profit que ces médicaments ont engrangés avant d’être retirés. «Les compagnies peuvent être condamnées, […] mais les dirigeants ne seront jamais inquiétés», indique M. Borch-Jacobsen.

La vérité sur les médicaments


La vérité sur les médicaments

ÉDITO

 

Soirée causerie avec l’auteur

Une soirée causerie avec Mikkel Borch-Jacobsen aura lieu jeudi le 13 février à 19h à la librairie Olivieri, au 5219, chemin de la Côte-des-Neiges.

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