Chantal Levesque Danielle Paquette-Harvey

Une citoyenne dénonce la difficulté qu’elle a eue à obtenir des services pour sa mère, atteinte de graves problèmes de santé mentale. Elle a même craint que celle-ci se retrouve à la rue. Son cas est loin d’être unique, selon divers organismes et intervenants en santé mentale.

À la fin du mois d’octobre, la mère de Danielle Paquette-Harvey a été hospitalisée à l’hôpital Notre-Dame pour une psychose. «Elle en fait deux à trois fois par année depuis quelque temps. L’an dernier, elle a appelé au 911 et a demandé aux policiers de lui tirer dessus, a rapporté cette mère de famille de 31 ans. À chaque crise, à chaque tentative de suicide, elle est renvoyée chez elle sans suivi après quelques jours. Elle n’a pas de médecin de famille.»

Mme Paquette-Harvey pensait que cette fois-ci serait différente. La travailleuse sociale qui l’évalue recommande que sa mère, qui a reçu dans sa jeunesse un diagnostic de trouble bipolaire, soit hospitalisée plus longuement, suive une thérapie et ait un suivi psychiatrique régulier. «Ma mère était complètement déconnectée. Elle ne pouvait pas répondre à une question simple», a souligné la jeune femme inquiète.

Ses espoirs s’évanouissent peu de temps après que sa mère a été transférée à l’hôpital Jean-Talon, plus près de chez elle. «Elle s’est sentie abandonnée, elle a voulu rentrer chez elle et ils l’ont laissée partir, s’est désolée Mme Paquette-Harvey, qui croit que sa mère n’était pas en mesure de juger de son propre état. Plus d’une fois, les ambulanciers ont noté que son appartement était insalubre. Elle n’est plus capable de vivre une vie normale ou de manger régulièrement. Ça va être dramatique si elle est expulsée de son logement.»

Lorsqu’elle a rencontré Métro en novembre dernier, Mme Paquette-Harvey était complètement découragée et épuisée. Elle essayait depuis plusieurs années d’obtenir des soins pour sa mère. «J’ai pleuré toute la journée dimanche. J’ai perdu confiance en le système de santé», a-t-elle émis.

Si l’histoire de cette patiente se termine bien, c’est parce que sa fille a été tenace et a pris les grands moyens. Elle a dû aller devant les tribunaux pour obtenir une ordonnance qui a forcé sa mère à subir une évaluation psychiatrique à l’hôpital. «Elle est restée presque un mois au complet à l’hôpital où ses médicaments ont été réajustés. Elle aura un suivi à la maison par des organismes à but non lucratif», a-t-elle relaté.

«Ça prouve à quel point elle avait besoin de soins lorsqu’on l’a laissée partir de l’hôpital en octobre», a-t-elle ajouté.

Un manque de suivi
Le cas de cette mère renvoyée chez elle de façon trop précoce et sans suivi n’étonne pas Nicole Turenne, directrice de Relax Action, un organisme du quartier Ahuntsic qui aide les patients avec des troubles mentaux à domicile. «Quand on connaît la personne, on appelle parfois à l’hôpital et on insiste pour qu’elle soit gardée plus longtemps», a souligné Mme Turenne.

«Le problème des services psychiatriques hospitaliers est que la pression est forte pour sortir les gens. Trop de monde passe par l’urgence, les médecins gardent les cas plus désorganisés et retournent la personne dans la communauté dès qu’elle semble un peu mieux», a pour sa part commenté Daniel Latulippe, directeur général intérimaire au Réseau alternatif et communautaire des organismes en santé mentale de l’île de Montréal (RACOR).

Par ailleurs, quand une personne avec un problème de santé mentale obtient son congé de l’hôpital, il est nécessaire de faire le lien avec les services disponibles dans la communauté, pour s’assurer qu’elle sera prise en charge. «Ce lien ne se fait pas toujours. On essaie depuis plusieurs années de travailler aux partenariats avec les intervenants des hôpitaux pour faciliter la transition. Mais avec la réorganisation dans le réseau, ces partenariats sont plutôt morts», constate Mme Turenne. De son côté, M. Latulippe constate que la fluidité entre les différentes composantes du réseau n’est pas atteinte, mais que les choses évoluent.

Le CIUSSS du Nord-de-l’Île, auquel appartient l’hôpital Jean-Talon, n’a pas pu fournir d’information sur le dossier d’une patiente ni le commenter. Il y a 30 lits en psychiatrie à cet hôpital.

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