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Twitter dit vouloir faciliter la dénonciation des propos abusifs, notamment en rendant disponible sur plusieurs de ses plateformes un bouton (déjà en place sur iPhone) pour dénoncer de tels tweets.

Le réseau social semble ainsi répondre à une pétition signée par des dizaines de milliers de personnes et à la vague de critiques qui s’est abattue sur lui à la suite de menaces proférées sur Twitter contre la journaliste britannique Caroline Criado-Perez. Cette dernière avait reçu de nombreuses menaces de viol en raison du succès de sa campagne visant à faire figurer un visage féminin sur un billet de banque.

Cette initiative de Twitter est-elle suffisante? Les réseaux sociaux en font-ils assez contre ce genre de propos haineux, qui semblent être un véritable problème?

Nous avons posé ces questions à des experts.

«Il y aurait de l’encadrement supplémentaire à faire.»

– Mélanie Millette, doctorante en communication, spécialiste de la communication politique dans les médias sociaux

«Les réseaux sociaux peuvent certainement améliorer leurs façons de faire. La viralité de ces réseaux permet aux abus de prendre beaucoup d’ampleur. Présentement, il est possible de signaler des pages et des propos haineux sur Facebook afin qu’ils soient retirés, mais le processus est souvent long et devrait être accéléré. Ça peut prendre jusqu’à 72h avant d’avoir une réponse! Et les raisons pour lesquelles certaines pages sont considérées par Facebook comme étant abusives, alors que d’autres non, ne sont pas toujours claires.

Par ailleurs, il est plus important pour Twitter de respecter la vie privée des utilisateurs que de combattre les abus. Le formulaire de dénonciation des tweets existe, mais il est assez fastidieux à remplir. L’avantage d’un bouton d’alerte, c’est qu’il est facile d’accès pour l’usager moyen. Il faut cependant faire attention de préserver la liberté d’expression. C’est facile de cliquer sur le bouton pour n’importe quelle raison. Il est essentiel qu’il y ait un filtre humain pour ne pas que tout contenu politiquement sensible soit retiré.»

«Les réseaux sociaux ne sont pas à blâmer.»

– Claude G. Théoret, fondateur de Nexalogie, une entreprise d’analyse des médias sociaux

«Les réseaux sociaux font le maximum de ce qui est possible. La liberté d’expression est en jeu et ils ne peuvent pas retirer un message pour le simple fait qu’il a été dénoncé. Il doit y avoir une intervention humaine, c’est-à-dire une ou des personnes qui évaluent chaque propos dénoncé pour établir qu’il s’agit bien de haine et non d’humour ou d’une opinion dérangeante. C’est donc normal que le processus prenne beaucoup de temps. Le bouton d’alerte proposé par Twitter ne changera pas grand chose à cela.

Les messages haineux sont un problème important, mais c’est la société, et non le réseau, qui créé le sexisme, le racisme et l’homophobie. Les gens vont toujours trouver un moyen d’afficher leur haine, que ce soit par les réseaux sociaux ou par d’autres véhicules.»

«Les réseaux sociaux doivent prendre leurs responsabilités.»

– Jasmin Roy, président de la Fondation Jasmin Roy, qui lutte contre l’intimidation faite aux jeunes

«Ce que font les réseaux sociaux n’est pas suffisant. Le gouvernement fédéral devrait légiférer pour qu’ils soient responsables de ce qu’ils diffusent, un peu comme Radio-Canada est responsable de ce que publient ses journalistes. Ils devraient surveiller leur contenu et être plus rapides sur la fermeture de certains comptes, même s’il est impossible de dénicher tous les abus. De plus, les insultes devraient être bannies en général. L’accumulation d’injures envers une même personne, comme cela arrive trop souvent, peut devenir très grave. Des gens devraient s’asseoir et réfléchir aux meilleurs moyens de limiter les dégâts.»

«Twitter et Facebook n’ont pas à surveiller les propos de leurs utilisateurs.»

– Nicolas Vermeys, avocat et professeur à l’Université de Montréal

«Les réseaux sociaux n’ont pas l’obligation légale de surveiller les contenus. Dans la mesure où ils sont considérés comme des intermédiaires techniques, leur seul rôle est de retirer le contenu illicite lorsqu’ils sont avisés de leur existence. Des propos peuvent être insultants, offensants ou dérangeants sans être illicites. Dans le cas où un utilisateur afficherait des photographies de pornographie juvénile sur son compte, c’est clair que c’est illicite. Mais la limite entre la liberté d’expression et la diffamation est parfois difficile à établir, et repose sur le jugement de valeur des administrateurs du réseau social. Autre petite nuance: les réseau sociaux n’ont que l’obligation de retirer l’accès aux propos condamnables, et non de bannir l’utilisateur fautif.»

Mise au point: les politiques de Twitter et de Facebook

Twitter a pour politique de ne pas se mêler des disputes entre individus. Le réseau conseille à ceux qui se font harceler de bloquer l’utilisateur dérangeant. Il ne tolère cependant pas les «menaces de violences», qui doivent correspondre à trois éléments: la spécificité (heure et endroit où l’évènement violent est censé avoir lieu), l’aspect physique (la description physique de ce qui doit avoir lieu) et la violence (la description de l’évènement ayant pour intention de faire le mal).

De son côté, la Déclaration des droits et responsabilités de Facebook demande aux utilisateurs de ne pas intimider ou harceler d’autres utilisateurs, en plus de ne pas publier de contenu haineux, violent ou menaçant.

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