Hugo Hamaoui Stéphane Le Duc est un grand connaisseur de l’industrie de la mode canadienne.

Ce soir, le magazine de mode indépendant Dress to Kill célèbre son dixième anniversaire en grand. Nous en avons profité pour jaser de l’industrie montréalaise avec le rédacteur en chef de la publication, Stéphane Le Duc, qui porte également les chapeaux d’animateur (vous vous souviendrez peut-être de son passage à Musique Plus dans les années 1990) et de chargé de cours à l’UQAM, entre autres occupations.

L’industrie de la mode a connu énormément de bouleversements depuis 2008, année de la fondation de Dress to Kill. D’abord, on a vu plusieurs nouvelles chaînes internationales prendre du galon ici, comme Forever 21, COS ou la canadienne Aritzia. Des marques bien établies telles que Jacob et Mexx sont aussi disparues du paysage, tout comme un événement phare pour les designers, soit la Semaine de mode de Montréal. Qu’est-ce qui a le plus marqué la scène mode durant cette décennie à votre avis?
En 10 ans, j’ai l’impression qu’on a vu deux évolutions marquantes. D’abord, la séparation entre le très haut de gamme et les vêtements de masse abordables et accessibles à tous avec des collections qui se renouvellent rapidement. En même temps, on a vu de nouveaux jeunes créateurs apparaître, une génération qui est consciente des réseaux sociaux et de l’importance de faire carrière à l’extérieur du Québec. Avant, les designers d’ici se développaient surtout localement avec une clientèle privée. Maintenant, il y a l’exemple de Rad Hourani, qui a commencé à travailler en France et qui a été accepté dans les sphères de la haute couture. Il y a aussi des marques comme Hip and Bone qui se développent en Asie et qui ont ouvert des boutiques en Chine. C’est un phénomène qu’on va voir de plus en plus.

Comment va l’industrie de la mode québécoise actuellement?
Ce n’est jamais facile, mais ils tirent bien leur épingle du jeu. Un des exemples les plus pertinents est celui de UNTTLD, qui a trouvé sa voie après des débuts audacieux et provocant qui permettaient quand même de sentir leur talent. C’est un tandem qui a commencé en se faisant remarquer dans une téléréalité (La collection à TVA, NDLR), mais qui a su garder son identité de marque innovatrice tout en développant d’autres marchés. Il y a aussi Marie Saint Pierre, l’exemple de designer bien établie qui continue son expansion aux États-Unis, et les petites marques plus indépendantes, comme WRKDPT, qui misent sur l’internet et sur le mode de production «juste à temps». Ça devient une sorte d’artisanat qui empêche de se casser la gueule en restant avec trop de quantité d’un modèle qu’on n’arrive pas à vendre.

Que pensez-vous d’initiatives comme la Grappe métropolitaine de la mode de Montréal?
Je pense que c’est important de réunir les forces. C’est un grand défi, parce qu’elle regroupe des gens d’horizons divers avec des buts très variés, mais c’est cette diversité qui fait la force d’une industrie. Dès qu’on veut aller à l’étranger, ça permet une force de frappe et une identité. Ça a d’ailleurs bien fonctionné à Las Vegas, et ils parlent maintenant d’aller à Londres. Je pense qu’on est rendu là et qu’il faut faire ce genre d’action.

Quelles sont les actions qui devraient être prioritaires pour assurer la pérennité de l’industrie locale?
J’aimerais qu’il y ait une image plus forte [de la mode locale] dans la perception des gens. Pas moins de 90 % des gens ignoreraient l’existence de la Grappe. J’aimerais que ça rejoigne le grand public pour qu’il reconnaisse les produits canadiens. On en parle souvent, mais on a de la misère à y arriver.

Vous célébrez les 10 ans de Dress to Kill alors que l’industrie des médias vit une crise et que plusieurs magazines ferment leurs portes. Comment ce petit magazine indépendant arrive-t-il à survivre?
On est déjà étonnés d’être encore là! Chaque année est un nouveau défi, mais on a cette énergie et on est toujours stimulés par la créativité des nouveaux photographes et des créateurs qu’on rencontre. En tant que magazine indépendant, on peut se permettre une certaine audace qu’on n’aurait pas si on avait des objectifs strictement commerciaux. C’est pour ça qu’on arrive à survivre. Bien sûr, il y a eu le choix commercial de passer d’un magazine bilingue à l’anglais seulement. Ça nous a fait un pincement au coeur, mais c’est ce qui nous permet de faire connaître des créateurs d’ici dans les marchés anglophones.

La mission du magazine a-t-elle changé?
Il est devenu plus canadien que québécois. D’ailleurs, on se définit comme LE magazine canadien de la mode. On a la volonté de ne pas se limiter et de permettre l’émergence de créateurs canadiens qu’on connaissait moins et qui méritent d’être connus, car ils travaillent dans les mêmes conditions que les designers québécois.

L’édition 10e anniversaire de Dress to Kill a été imprimée avec quatre unes différentes mettant en vedette des mannequins canadiens, dont Herieth Paul.

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