Aux États-Unis, on commence à évoquer un «pardon de dettes» pour les consommateurs à bout de souffle, qui sont des millions à craindre de perdre leur maison ou leur emploi, si ce n’est déjà fait.
Effacer les dettes? Ramener le compteur à zéro? Cette mesure extraordinaire a déjà été employée dans les années 1930, lorsque le pays peinait à sortir de la Dépression. Comme les dépenses de consommation comptent pour plus de 70 % du produit intérieur brut (PIB), on cherche maintenant à donner une chance à ces citoyens qui doivent se priver de tout parce qu’ils sont financièrement étranglés. Les libérer de leurs dettes leur permettrait de retomber sur leurs pieds tout en réactivant l’ensemble de l’économie. Les prêteurs, évidemment, ne seraient pas contents, mais comme ils ont profité de ces gens souvent incapables de comprendre ce dans quoi ils s’embarquaient, il leur faudrait bien trouver une façon de manger le morceau…
C’est le genre de proposition extrême qui montre à quel point les ménages américains sont pris à la gorge, mais aussi, à quel point on ne peut plus se passer d’eux dans une économie qui carbure essentiellement aux dépenses des consommateurs.
Ici? Nous ne sommes pas tellement différents. Le système repose sur les mêmes bases, avec la consommation comme locomotive principale. Cependant, si les Canadiens sont eux aussi lourdement endettés, ils ne font pas face – pas encore – à des échéances aussi pressantes que leurs voisins du sud. Les résidences, par exemple, ne sont pas aussi hypothéquées, ce qui signifie qu’elles constituent un réservoir de valeur nette si le besoin s’en fait sentir. Aux États-Unis, une maison sur quatre ne vaut même plus l’hypothèque qu’elle transporte. Valeur nette : nulle.
On note aujourd’hui qu’à force de se faire dire de faire attention les consommateurs canadiens deviennent plus prudents dans leurs achats. Ils ont bien raison. L’ennui, c’est que la croissance économique risque d’en pâtir. Que faire?
Demeurer sourd au chant des sirènes et se conduire de façon responsable. Acheter ce qu’il faut, ne pas se priver de l’essentiel ni des petits luxes qu’on peut se permettre, sans pour autant tomber dans le piège de la consommation automatique.
De toute façon, une économie qui repose systéma-tiquement sur des achats boulimiques est tôt ou tard condamnée à l’impasse. Il lui faudra un jour modifier le cap. Sans provoquer la fin du monde, ces réajustements risquent d’être douloureux. C’est peut-être là le prix à payer pour en arriver à un système viable à plus long terme.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.