Il y a eu bien des moments décisifs dans notre histoire, mais le tournant des années 1970 mérite une attention particulière. C’est à cette époque que le Québec a failli devenir une société nucléaire.
Bref retour dans le temps: le premier ministre Robert Bourassa vient de lancer le grand chantier hydroélectrique de la baie James qui suscite déjà d’âpres discussions. En lieu et place, le Parti québécois y va d’une audacieuse proposition : installer dans la vallée du Saint-Laurent un réseau de centrales nucléaires de part et d’autre du fleuve. Le projet se veut résolument moderne. L’énergie nucléaire a la cote. Mais de débat en débat, l’eau va finalement l’emporter sur l’atome. Et le Québec est devenu une des puissances hydroélectriques de la planète.
Le Québec n’est pas le Japon, le Saint-Laurent n’est pas l’océan Pacifique et nous n’avons pas à craindre ici le déferlement de vagues de 10 m de haut. Mais à voir les images tragiques qui nous arrivent de la centrale de Fukushima, où les réacteurs s’emballent les uns après les autres, il faut remercier le ciel que nous ayons eu, nous, le choix. D’autres n’ont pas ce luxe.
Paradoxalement, l’énergie nucléaire s’est développée comme une solution de rechange propre aux autres combustibles qui polluent l’atmosphère. Du lot, les centrales au charbon sont les pires, suivies des centrales au mazout. Avec l’atome, même malgré les résidus, on n’empoisonne pas l’atmosphère. Théoriquement. Ce qui arrive au Japon montre que, dans les faits, une centrale nucléaire est tout sauf inoffensive. Mais que voulez-vous! Quand vous vivez dans un pays plat ou que vous ne disposez pas de grands cours d’eau, il faut faire avec les moyens du bord. Pour remplacer une seule centrale nucléaire comme celle qui a des problèmes, Fukushima Daiichi, il faudrait plus d’un millier de gigantesques éoliennes, et encore.
Pour bien des sociétés de par le monde, le dilemme énergétique demeure pratiquement insoluble. Le Québec, lui, est béni. Nous avons de l’hydroélectricité à profusion. Le territoire est grand, le vent souffle et on peut installer des éoliennes. Nous avons du gaz – que nous exploiterons peut-être un jour. Peut-être même aussi du pétrole. Qui plus est, cette électricité nous revient à prix d’aubaine comparé aux autres juridictions de l’Amérique du Nord. Ce qui ne devrait pas nous empêcher de faire attention quand nous en consommons. Ce serait déjà une façon de montrer que nous comprenons notre chance et que nous ne sommes pas insensibles aux malheurs qui frappent le Japon et ses citoyens.