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La débandade américaine

La baloune américaine se dégonfle à grande vitesse. La firme de notation Standard & Poor’s vient de décoter, pour la première fois de son histoire, la dette publique américaine qui passe de AAA à AA+. La France, honnis de certains avec ses gros programmes sociaux, ses nombreuses sociétés d’État, ses impôts élevés et l’intervention marquée de l’État maintient sa cote à AAA. Vraiment étonnant, n’est pas?

Plusieurs raisons expliquent les déficits titanesques de nos voisins du sud. Un pays, où une infime minorité de milliardaires s’accapare du gros de la richesse, court à sa propre perte. Les criantes inégalités économiques (amplifiées par les milliards en baisses d’impôt octroyées à la caste supérieure par Bush junior) qui n’ont de cesse de s’accentuer aux États-Unis sont l’une des principales causes de la débâcle américaine. Mon cher Watson, une meilleure répartition de la richesse n’est pas souhaitable au niveau moral seulement mais aussi sur le plan économique. Dans son excellent article du 9 mai dernier, Richard Dupaul de La Presse débute son texte ainsi : «Le monde s’enrichit, mais l’écart entre riches et pauvres s’accroît sans cesse. Ce fossé a même atteint une ampleur alarmante, préviennent des experts.» Ainsi, aux États-Unis, les 10 % des plus riches ont accaparé 63 % de la richesse produite par l’économie américaine depuis 1979, signale l’article de M. Dupaul. Résultat : les 12 000 familles les plus aisées touchent chaque année autant d’argent que les 24 millions de ménages les plus pauvres. Et Le Devoir du 18 avril 2009 signalait cette troublante statistique empruntée au journal français Le Monde : «Les 300 000 Américains les plus riches gagnent autant d’argent que les 150 millions de leurs concitoyens qui sont au bas de l’échelle des revenus.»

Ces disparités économiques et cette pauvreté ont longtemps été gommées aux States par les institutions financières qui prêtaient quand même aux gens à revenus modestes en tablant sur une hausse permanente du prix de l’immobilier. Là aussi, la marmite chauffée à bloc a sauté, provoquant la grave crise financière que l’on connaît. C’était le début de la fin. Voulant à tout prix sauver ses banques, le gouvernement américain leur a allongé des tonnes de milliards de fonds publics au prix d’une récession marquée par un taux de chômage, des pertes d’emplois titanesques et l’explosion du déficit et de la dette publique. Les responsables de la crise financière ont été secourus par des fonds publics et par de juteuses baisses d’impôts, et le public, victime de cette cupidité financière des banquiers et des courtiers et de la complicité des politiciens, a été appelé à défrayer les pots cassés. C’est le monde à l’envers…

Une autre raison de ce gâchis est la perte de pouvoir économique de l’hégémonie américaine dans le monde. Même s’ils continuent à être la première puissance économique, leur domination s’effrite continuellement et rapidement en raison de la compétition du marché commun européen et surtout de la montée de nouvelles puissances comme la Chine, le Brésil, l’Inde, etc. Leur ancien «backstore» qu’était l’Amérique du Sud a élu des socialistes dans plusieurs pays, a nationalisé plusieurs entreprises américaines et s’est regroupée pour mieux défendre ses intérêts et mieux concurrencer les pays occidentaux. Les États-Unis ne peuvent dorénavant plus aller piger dans les ressources et les joyaux publics de l’Amérique latine dont plusieurs pays se sont rebiffés contre eux, voulant, avec raison d’ailleurs, récupérer leur souveraineté. En passant, le Canada devrait faire de même.

Les dépenses militaires américaines, qui accaparent 40 % de toutes les dépenses mondiales, coûtent énormément chères à l’État, sont improductives et intenables. L’impérialisme américain, qui veut tout contrôler dans le monde, a fait son temps et ça les Américains ont de la difficulté à l’accepter, blessés qu’ils sont dans leur orgueil démesuré. Pour assainir leurs finances publiques, les États-Unis devront réduire massivement leurs dépenses militaires et hausser les impôts des riches et des compagnies, ce que ne veulent absolument pas les fanatiques républicains et les intégristes du Tea Party.

Les États-Unis devront aussi étatiser en grande partie leur système de santé privée qui est de loin le plus cher du monde. Selon les dernières données de l’ONU, extraites de son rapport 2010 sur le développement humain, les États-Unis ont les dépenses en santé par habitant les plus élevées du monde et par une bonne marge. Pour 2007, c’était 7 285 $ aux States, 3 900 $ au Canada, 2 696 $ au Japon, 3 588 $ en Allemagne, 3 709 $ en France, 2 840 $ en Finlande, etc. Pourtant, les vuvuzuelas de la droite n’ont de cesse de nous dire que le privé est plus efficace, amène plus de «saine» concurrence, génère moins de bureaucratie, etc. Dans le système de santé privée américain, c’est tout à fait le contraire, avec ses assureurs qui engendrent une très lourde bureaucratie en paperasse et en autorisations de toutes sortes, leurs hôpitaux et cliniques médicales cotés à la Bourse, leurs médicaments les plus chers au monde, etc. Clinton et Obama ont timidement essayé d’apporter des changements mineurs à leur système de santé privée pourrie le plus onéreux au monde mais ce fut peine perdue. Le puissant lobby des hôpitaux, des assureurs et des pharmaceutiques a facilement eu gain de cause sur les présidents démocrates américains. Pas touche aux vaches sacrées des gras durs. Même si le système de santé américain privé est le plus dispendieux, c’est aux States qu’on a le taux le plus élevé de mortalité infantile et de décès prématurés d’enfants de moins de cinq ans des pays occidentaux, tel que signalé dans l’étude 2010 de l’ONU sur l’indice de développement humain. Belle affaire!

Voilà où mène l’État minimal et le tout privé. On est en présence aujourd’hui de transnationales plus grosses et plus puissantes que des pays, qui peuvent tout faire avec leurs traités de libre-échange sans irritant et sans obstacle au commerce. Actuellement, la Suède, la Norvège et la Finlande, avec leurs gros États, leurs gros impôts et leurs gros syndicats s’en sortent mieux que les autres pays occidentaux grâce à une meilleure répartition de la richesse et à une accessibilité universelle à des services sociaux publics dignes de ce nom. Avec le clivage politique maladif présent aux États-Unis qui, loin de s’estomper, va aller en s’accentuant par la faute des fous furieux républicains et du Tea Party, la situation va continuer à empirer principalement sur le dos de la classe moyenne et des démunis qui en feront les frais. Il n’est pas dit que cette situation, qui va perdurer et même s’amplifier, n’amènera pas une lutte importante des classes sociales et de la violence, comme c’est le cas actuellement en Israël, en Grande-Bretagne, en Espagne, en Grèce, etc. Par leur égoïsme et leur obstination, les politiciens de droite, les nantis et les transnationales auront appelé ces soulèvements et ils devront en assumer l’entière responsabilité. Comme le recommandait en 2007, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et l’Organisation internationale du Travail (OIT) : «L’État doit intervenir pour limiter les dégâts et mieux répartir les bénéfices de la mondialisation» (Le Devoir, 21 février 2007). «God save America», comme ils disent. Et les fondamentalistes religieux américains croient vraiment que Dieu va les sauver du naufrage.

– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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