Il est difficile de boucler un budget pour un petit salarié. Les tarifs d’électricité ont fait un bond de près de 20 % depuis 2004. Le prix des denrées alimentaires a grimpé de 2,2 % le mois dernier. Au début de l’année, la carte mensuelle de la Société de transport de Montréal est passée de 70 $ à 72,75 $, et la TVQ a été majorée d’un point de pourcentage. Et c’est sans compter les loyers qui n’ont cessé d’augmenter d’année en année. Alors, la solution pour certains de ces travailleurs à faible revenu? La rue.
À la Maison du Père, il y a toujours eu des itinérants salariés, mais depuis quelque temps, il y en a plus, selon les observations de la directrice générale de l’organisme, France Desjardins. «Avec le salaire minimum, c’est impossible d’arriver et de se payer un loyer décent, le téléphone, le chauffage et de la nourriture», affirme-t-elle. Ses collègues des deux autres grands refuges pour sans-abri de Montréal, la Mission Old Brewery et la Mission Bon Accueil, ont aussi constaté que le phénomène s’aggrave.
Chaque soir, ces hommes se rendent à l’un des trois grands refuges montréalais. Ils s’y lavent, y prennent un bon repas et y dorment jusqu’au lendemain, où ils reprennent le chemin du travail. Impossible de connaître la proportion de ces sans domicile fixe qui ont un emploi puisque les refuges ne tiennent pas ce genre de statistiques pointues. Ceux-ci sont cependant toujours en mesure de dire que certains de ces hommes éprouvent des problèmes de santé mentale, de toxicomanie ou autres.
Les femmes qui vivent dans la rue, mais qui dorment au pavillon Patricia-Mackenzie de la Mission Old Brewery, trouvent aussi le moyen de gagner quelques sous. «Un plus grand nombre de femmes que d’hommes ont un revenu, mais souvent c’est du bien-être social», précise le directeur général de la Mission Old Brewery, Matthew Pearce.
Les emplois que ces sans-abri occupent sont toutefois précaires. Rien à voir avec un boulot de commis dans un magasin par exemple. Ils travaillent parfois seulement deux jours par semaine, sur demande ou même pendant un court laps de temps. «Si les gars restent dans la rue, ils ne sentent pas bon parce qu’ils ne se lavent pas. Alors, ils perdent leur emploi encore plus vite», rapporte le directeur général de la Mission Bon Accueil, Cyril Morgan.
Ces itinérants doivent rapidement obtenir de l’aide de la part des intervenants des refuges afin de ne pas sombrer dans la prostitution et la drogue. «Ils sont plus ouverts à l’aide que nous leur offrons parce qu’ils ne savent pas quoi faire [en dehors de leurs heures de travail]», explique M. Morgan, de la Mission Bon Accueil.
S’ils sont chanceux, ces sans-abri qui travaillent peuvent avoir accès à un logement supervisé. La demande est immense pour ces programmes de réinsertion sociale, mais les ressources sont limitées. C’est que les hommes qui en profitent trouvent difficilement un logement social ou du moins abordable pour les aider à voler de leurs propres ailes au terme de leur passage dans les refuges. «Les hommes qui passent dans nos programmes de transition réussissent à décrocher des emplois, mais même avec l’assistance sociale, ils ne sont pas capables de boucler leur budget», dit Mme Desjardins, de la Maison du Père. Ils demeurent donc plus longtemps dans les logements supervisés, jusqu’à tant qu’ils trouvent un colocataire. «Mais ce n’est pas l’idéal», ajoute la directrice de la Maison du Père.
Pour s’assurer que ces anciens itinérants ne retournent pas dans la rue, la Mission Bon Accueil aimerait continuer de les accompagner après la fin de leur programme de réinsertion sociale. «D’ici la fin de 2011 et le début de 2012, j’espère avoir une équipe qui [sera en charge] d’aller voir ces hommes qui ont terminé un programme pour voir comment ils vont», a fait savoir Cyril Morgan. La Mission Old Brewery a pour sa part mis sur pied récemment un programme de soutien dans la communauté. Son efficacité sera d’ailleurs évaluée par des chercheurs de l’Université McGill.
De plus en plus de bénéficiaires
- Dans le Bilan Faim Montréal 2010, Moisson Montréal a remarqué que de plus en plus de ménages ayant des revenus d’emploi sont soutenus par des comptoirs alimentaires.
- Au cours de la dernière année, pas moins de 5 249 personnes ont été incapables de boucler leur budget bien qu’elles occupaient un emploi à temps partiel ou même à temps plein, ce qui représente 13 % des ménages à qui sont fournies des denrées alimentaires à prix très modique ou gratuitement.