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Quel est le coût des différentes sources d’électricité?

Alors que des séances de consultation publique sur les enjeux énergétiques du Québec auront lieu cette semaine à Montréal, Métro, en collaboration avec l’Institut économique de Montréal (IEDM), propose une série sur l’énergie. Cinq capsules factuelles, portant chacune sur un thème particulier, seront commentées par deux experts afin de lancer un débat qui se poursuivra sur l’internet.

Le prix auquel Hydro-Québec achète de l’électricité varie selon les sources d’approvisionnement.

La majorité de l’électricité qu’Hydro-Québec vend aux Québécois provient de ce qu’on appelle le «bloc d’électricité patrimonial». C’est une quantité d’énergie, soit 165 TWh, qui est produite par les principaux barrages hydroélectriques du Québec et par la centrale hydroélectrique de Churchill Falls au Labrador. Elle est réservée pour la filiale de distribution d’Hydro-Québec.

Depuis 2000, le prix payé par Hydro-Québec Distribution pour cette électricité est fixé par la Loi sur la Régie de l’énergie à 2,79 ¢/kWh.  Son coût de production est d’environ 2,1 ¢/kWh. Ce coût tient compte du fait qu’Hydro-Québec ne paie que 0,25 ¢/kWh pour environ 30 TWh d’hydroélectricité provenant du Labrador.

L’énergie éolienne est produite par des entreprises privées qui s’engagent dans des contrats d’approvisionnement à long terme avec Hydro-Québec, habituellement de 20 ans. Ils résultent d’appels d’offres ou d’octrois de contrats de gré à gré. Pour le premier appel d’offres, l’énergie éolienne est vendue à Hydro-Québec à un prix moyen 7,8 ¢/kWh, alors que ce prix est 9,7 ¢/kWh pour le second et de 12,3 ¢/kWh pour le troisième. Ces chiffres sont ajustés à l’inflation.

Hydro-Québec achète l’éner­gie résultant de la cogénération au prix moyen de 11,48 ¢/kWh et celle des petites centrales hydrauliques est achetée à  8,1 ¢/kWh.

Le prix de vente moyen de l’électricité vendue par Hydro-Québec aux Québécois et de l’électricité exportée était de 5,76 ¢/kWh en 2010. Les tarifs d’Hydro-Québec sur le marché domestique sont fixés par la Régie de l’énergie alors que les prix de l’électricité exportée sont déterminés par le marché. (Texte de l’IEDM)

Sources : Hydro-Québec, Loi sur la Régie de l’énergie, Régie de l’énergie, Cour supérieure du Québec

Avis d’experts

Bertrand Schepper: «Les tarifs pourraient être plus équitables»

Bertrand Schepper est chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS)

Paie-t-on trop cher pour notre électricité?
Dans un certain sens oui, puisqu’il y a beaucoup de surplus et qu’on subit les coûts de la production d’élec­tricité que nous ne vendons pas. Le gouvernement du Québec a misé sur l’exportation de l’électricité, mais on ne peut pas exporter l’électricité comme du pétrole. Maintenant que le marché américain est moins propice, il ne nous reste pas vraiment de choix. Les contribuables subissent les mauvaises décisions gouvernementales.

Devrait-on abandonner l’éolien?
Le développement du secteur éolien n’est pas mauvais en soi. Un sondage de 1998 révélait même que deux Québécois sur trois seraient prêts à payer plus cher leur électricité s’il y avait de l’éolien. Mais le secteur éolien au Québec a été développé de manière très chaotique, sans réflexion approfondie sur les bénéfices que la société peut en tirer. On a donné les contrats à des entreprises privées étrangères, ratant ainsi une belle opportunité de développer une expertise québécoise dans le domaine. Les coûts sont aussi plus grands pour Hydro-Québec que si on avait nationalisé les éoliennes, puisque les entreprises doivent se garder une marge de profit.

Que pourrait-on faire pour payer moins cher?
On devrait d’une part nationaliser l’éolienne et réétudier divers projets, parce que ce n’est pas le temps d’augmenter la production au Québec. De l’autre, on pourrait tarifer l’électricité de manière plus équitable, notamment avec les tarifs progressifs. Les 30 premiers kWh utilisés dans une propriété, c’est-à-dire l’énergie minimale nécessaire à la vie, devraient être facturés moins cher, alors que ceux utilisés en plus, qui correspondent à une consommation de luxe, devraient coûter plus cher. Mais ultimement, les clients d’Hydro-Québec devraient viser plus d’efficacité énergétique, c’est-à-dire perdre moins d’énergie et en consommer moins. Ça se fait, par exemple, en isolant mieux les maisons.
Propos recueillis par Roxane Léouzon

Claude Garcia: «Le problème, ce ne sont pas les tarifs»

Claude Garcia est chercheur associé à l’IEDM

Paie-t-on trop cher pour notre électricité?
On ne paie pas très cher notre électricité par rapport au reste du monde. Le problème ce n’est pas les tarifs en soi, mais le fait que le gouvernement incite Hydro-Québec à acheter de l’électricité de l’éolien et de la biomasse, qui coûtent plus cher que le reste alors qu’on a déjà des surplus d’électricité considérables. On a environ 40 milliards de kWh de trop par rapport à la consommation du Québec. Cette électricité est pratiquement vendue à perte sur les marchés d’exportation. L’année dernière, on l’a vendue à 4 ¢/kWh. C’est beaucoup moins que ce que paie Hydro-Québec pour de l’éolien et de la biomasse. La facture de cet argent perdu est refilée aux consommateurs.

Pourquoi ne peut-on pas vendre notre électricité plus cher?
La découverte de gaz naturel, en particulier de gaz de schiste, en abondance aux États-Unis a fait baisser le prix de l’électricité à partir de 2007. Avant ça, le prix de l’électricité augmentait plus vite que le coût de la vie.

Est-ce qu’on devrait abandonner l’éolien et la biomasse?
Le gouvernement se sert d’Hydro-Québec pour subventionner l’éolien et les pâtes et papiers, l’industrie qui est principalement utilisée pour la production de la biomasse. L’éolien, de plus, est instable et la quantité produite varie constamment. Il faut donc mettre ces projets sur la glace afin d’arrêter de produire inutilement de l’électricité. Il faut aussi arrêter les projets de centrales hydroélectriques qui ne sont pas trop avancés sur la Romaine. Si on avait besoin de plus d’électricité, à cause d’une électrification étendue des transports par exemple, ça pourrait être justifié d’avoir une aussi grosse production. Mais pour l’instant, ça ne l’est pas. Si un jour les conditions du marché sont meilleures, on pourra réévaluer la situation.
Propos recueillis par Roxane Léouzon

Sujets à venir
Voici les cinq sujets qui seront abordés cette semaine.

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