Les infirmières ont tiré lundi à boulets rouges sur le gouvernement du Québec, qui s’entête selon elles à aggraver leurs conditions de travail. «Les décideurs n’ont que du mépris à offrir à des travailleuses engagées mais au bout du rouleau», s’est insurgée la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Régine Laurent, quelques heures avant la rencontre de la dernière chance, lundi soir.
«La gravité et la précarité de notre réalité font pratiquement l’objet d’un consensus au Québec, et ce n’est pas rien d’avoir un consensus dans une société pluraliste comme la nôtre», a ajouté Mme Laurent. Elle a évoqué l’étude du professeur de l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal, Angelo Soares, qui démontrait que 40 % des salariés du CSSS Ahuntsic-Montréal-Nord vivaient de la détresse psychologique et qu’un quart de ces travailleurs prévoyaient quitter leur emploi au cours de la prochaine année.
«Jusqu’à maintenant, nous, les professionnels en soins, on sacrifie notre santé, notre vie de famille, notre vie personnelle pour pallier à votre irresponsabilité», a dénoncé la présidente de la FIQ. «J’en suis à me demander si vous (MM. Charest et Bolduc) seriez aussi insensibles à notre égard si nous avions contribué au financement du Parti libéral du Québec», a lâché Mme Laurent, sous des applaudissements nourris des syndiqués.
Les offres étaient décevantes vendredi
Les dernières offres patronales, déposées vendredi dernier, ont provoqué le départ de la FIQ de la table sectorielle de négociation. Ces offres comprenaient entre autres une réduction de 50 % de l’assurance salaire et une diminution du nombre de journées de maladie.
À la table de négociation, les représentants du gouvernement ont opposé une fin de non-recevoir à la demande de la FIQ de freiner la présence des infirmières provenant du privé dans le secteur public. Toutefois, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, pressé de questions par les journalistes, a dit lundi qu’il était en faveur d’une diminution progressive du recours au personnel provenant du privé.
«Ce qui est problématique, c’est que si nous n’utilisons pas les services du privé, les gens du public ne peuvent pas nous garantir qu’il n’y aura pas de rupture de service», a-t-il déclaré lundi. À quelques heures de l’échéance du décret des conditions de travail des employés de l’État, les parties sont encore à des années-lumière d’une entente négociée.
Pendant que le gouvernement Charest faisait état «d’une offre raisonnable et responsable» dans une publicité pleine page parue lundi dans les journaux, les représentants du Front commun qualifiaient le dépôt patronal de «méprisant», d’«odieux» et d’«épouvantable».
Une rencontre efficace?
Avant d’exercer des moyens de pression, on attendait toutefois la rencontre réunissant les syndicats du Front commun et les ministres Yves Bolduc, Michelle Courchesne et Monique Gagnon-Tremblay, qui a eu lieu lundi soir. Régine Laurent, qui était aussi présente à cette rencontre, espère que le ministre de la Santé maintiendra sa nouvelle volonté de négocier et d’améliorer les conditions de travail des infirmières.
La présidente de la FIQ, Régine Laurent, n’était pas présente au point de presse qui a clos cette rencontre, mais selon le président de la FTQ, la représentante des infirmières est tout à fait disposée à poursuivre les négociations.