La réplique de Stephen Harper au discours du Trône n’a peut-être pas permis d’en apprendre beaucoup sur le fond de la pensée du premier ministre, mais elle lui a permis de prendre une nouvelle forme. Le discours a été diffusé en direct sur YouTube jeudi matin. Aucun discours d’un premier ministre canadien n’avait eu droit à ce traitement auparavant. M. Harper répétera l’exercice mardi, alors qu’il répondra sur YouTube à des questions soumises par la population.
La volonté aujourd’hui affichée de Stephen Harper de diversifier ses entrées auprès de la population n’a toutefois pas su convaincre les experts. «Je m’explique mal l’objectif de Stephen Harper, a indiqué Isabelle Gusse, professeure au département de science politique de l’UQAM. Voulait-il se rapprocher de la population ou se montrer in en utilisant une nouvelle technologie? Ça fait deux mois que le parlement est fermé, et là, d’un seul coup, il veut se montrer sur YouTube. Il y a certainement une question d’image derrière tout ça.»
Utilisation marginale?
Thierry Giasson, professeur au département d’information et de communication de l’Université Laval, ne voit pas d’un mauvais Å“il l’utilisation des réseaux sociaux par les politiciens, estimant que «ce n’est jamais une mauvaise idée pour un parti politique d’élargir le spectre de diffusion de ses idées avec le moins d’interférence journalistique possible».
Il doute cependant que les politiciens parviennent un jour à utiliser de façon optimale le web 2.0, qui comprend les blogues et les réseaux sociaux. «Les réseaux sociaux supposent un exercice de coproduction, a expliqué M. Giasson. L’émetteur envoie un message que les récepteurs peuvent commenter et remodeler. L’émetteur accepte de perdre en partie le contrôle de son message. Le problème des partis politiques, c’est qu’ils n’acceptent pas de perdre le contrôle de leur message.»
L’exercice de dialogue que souhaite réaliser mardi le premier ministre laisse d’ailleurs fort dubitative Isabelle Gusse. «C’est un leurre d’interactivité, a-t-elle estimé. Les questions seront présélectionnées, mais connaîtrons-nous un jour la totalité des questions qui auront été posées?»