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Féministe à sa façon

 

À un moment donné, les rôles s’inversent : ce sont nos parents qui nous racontent leurs exploits et nous qui nous en émouvons. Ça m’est arrivé récemment lorsque ma mère m’a raconté comment elle avait organisé la journée de la Femme dans son parc de snowbirds en Floride, un récit captivant, rempli de rebondissements. Faute d’organisatrices motivées, la journée de la Femme menaçait de ne pas avoir lieu cette année quand ma mère, la nouvelle du parc, a réuni une équipe de bénévoles peu expérimentées qui, malgré les obstacles mis dans leurs roues par des madames suspicieuses de la bibliothèque, ont réussi à organiser la plus belle journée de la femme que le parc ait jamais connu. Bref, quelque chose comme la version snowbirds féministe du film Mighty Ducks.

Rendu là, j’étais juste fière de ma mère pour sa belle résilience. Je ne m’attendais pas à ce que sa définition de «journée de la Femme» corresponde à un profond moment de réflexion. D’un naturel bulldozer devant le patriarcat, ma mère ne s’est, pas dans mes souvenirs en tout cas, jamais définie comme féministe, associant le terme à une montagne de clichés, des brasiers de brassières aux marches pour du pain et des roses. La description de «sa» journée de la Femme m’a pourtant surprise. Les femmes de son parc étaient invitées à réfléchir sur les femmes qui les inspiraient, sur ce qu’elles étaient comme femmes, sur leurs réalisations et leurs talents, sur la situation des femmes moins privilégiées dans le monde, puis à répondre à un quizz sur ces femmes, de Jeanne Mance à Marie Laberge en passant par Thérèse Casgrain et Lise Payette qui ont pavé la voie. Un beau quizz sur Powerpoint qui a tenu une centaine de baby-boomeuses en haleine pendant une bonne demi-heure.

Bien sûr, vous me direz que c’est plutôt bon enfant, comme journée de la femme. Espérer davantage est peut-être avoir des attentes démesurées envers la passion que peut susciter le féminisme en 2014. Chez certains publics, du moins. Je ne connais pas le public auquel s’adressait ma mère, mais si elle en est représentative, cette journée devait être le mieux qu’il pouvait faire en matière de réflexion féministe. S’il coule présentement des jours heureux en Floride pour éviter l’hiver, imaginez ce qu’il pense, ce public, des autres désagréments que sont les questionnements existentiels ou la remise en question de ce qu’a été sa vision du monde depuis les 30 dernières années. Ce public veut peut-être encore moins «pelleter des nuages» que pelleter tout court.

Tout ça pour vous dire que j’étais ben fière de ma maman.

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