Le 24 juin, ce fut quand même une belle fête nationale. Quand même quoi? La pluie? Le manque d’émotion? Le manque de ferveur?
Chez certains, nous ressentons ce genre de résignation à la suite de certains commentaires qui ont précédé et suivi les célébrations du 24 juin. Ce «quand même» sous-entendu impliquait tacitement que la connotation politique revendicatrice se faisait plutôt discrète. Quoiqu’en aient dit les dirigeants de la Société Saint-Jean-Baptiste et du Mouvement National des Québécois, pendant des années, la Fête nationale était l’occasion par excellence de mettre de l’avant leurs revendications avec une ferveur toute partisane. C’était une fête de nature politique où plusieurs se sentaient malheureusement exclus parce qu’ils sont nationalistes, mais non souverainistes.
Le virage entrepris dans les années 1990 pour décentraliser la Fête nationale en misant sur sa diversité, se voulait officiellement un reflet plus fidèle de la réalité québécoise. Mais officieusement, pour certains dirigeants politiques, ce virage était une tactique pour tenter de rendre la souveraineté contagieuse. En réalité, la contagion s’est produite autrement. Les Québécois ont accepté le virage en participant, quartier par quartier, village par village, ville par ville. Et ils ont invité les nouveaux Québécois à partager notre culture, la mélangeant avec la leur, en musique, en chanson, en bouffe.
Cette année, le virage était encore plus évident. Dans mon beau village de Sutton, au bas des montagnes, adultes et enfants participaient avec joie à une parade qui s’est terminée par un spectacle organisé bénévolement par les parents des élèves des écoles anglophone et francophone. Tous, main dans la main, célébraient sous la pluie notre fête nationale. Les enfants, concentrés sur leur performance artistique, sourire de satisfaction aux lèvres, nous communiquaient un sentiment de fierté à vivre tous ensemble avec un objectif commun: l’harmonie.
À Montréal, outre la parade au centre-ville, les fêtes de quartier et le traditionnel spectacle de la Saint-Jean au parc Maisonneuve reflétaient ce même esprit de recherche d’harmonie. Juste assez de drapeaux, de nationalisme, de messages d’amour à notre langue française, à sa beauté et, surtout, à sa fragilité. Un gros party musical mettant en scène des auteurs-compositeurs de différentes générations, de souche francophone du Quėbec et d’ailleurs au Canada. Une célébration de notre immense talent québécois. Juste assez pour ne pas oublier que nous sommes de langue et de culture uniques en Amérique.
Ce qui m’a le plus frappée c’est que, dans notre monde moderne où l’individualisme est si fort, le goût de se sentir bien collectivement prévalait durant cette journée de fête. Une pause de 24 heures. Tous ensemble. Tous inclus. Elle est belle, notre Saint-Jean!