Des citoyens venus appuyer la motion de dénonciation des actions d’Israël à Gaza ont été forcés de retirer des symbols politiques et religieux pour avoir accès à l’hôtel de ville de Montréal. Des vérifications seront faites promet la présidente du conseil municipal, Chantal Rossi.
Lundi, le conseil municipal a connu sa séance publique la plus mouvementée depuis l’élection de la nouvelle administration d’Ensemble Montréal. Les discussions ont débordé au mardi pour la première fois depuis novembre, entre autres à cause d’une longue discussion sur la motion de Projet Montréal réclamant une dénonciation de l’apartheid et du génocide en Israël.
La motion a été amendée pour devenir un simple appui au peuple palestinien. Il a été adopté malgré la déception de Projet Montréal, mais le sujet n’était pas clos pour autant.
Mardi, des citoyens sont venus à nouveau se prononcer sur la motion et sur les tensions à Montréal. Parmi ceux-ci, Lina Tajedi est venue demander pourquoi l’accès à l’hôtel de ville est devenu si difficile. Elle a également accusé la Ville de faire du profilage contre ceux et celles qui appuient la cause palestinienne en leur demandant de retirer certains symboles avant d’entrer dans l’enceinte.
«[J’ai vu mes camarades se faire demander] de ne pas porter leur foulard, leur keffieh, de ne pas porter de chandail à l’effigie de quoi que ce soit. Quand je vois plein de gens avec des effigies qui sont pro-israel, des effigies de l’Iran, c’est dur ensuite de croire qu’il n’y a pas une population qui est visée avec ces choses-là», a-t-elle affirmé devant le conseil municipal.
Le keffieh est un foulard traditionnel palestinien à carreaux porté sur la tête ou autour du cou. Il est devenu un symbole de la résistance palestinienne et est souvent utilisé par les non-Palestiniens qui appuient cette cause.
Mme Tajedi affirme avoir signalé la présence de personnes portant d’autres types de symboles. «On s’est fait dire que leurs signes étaient corrects et nos choses étaient pas corrects. Je demande à ce que ça soit pris au sérieux», a-t-elle lancé à la présidente du conseil, Chantal Rossi.
Symboles religieux, symboles politiques, symboles haineux
Les règles de sécurité et de décorum pendant les séances du conseil municipal sont la responsabilité de la présidente du conseil. Mardi, Mme Rossi a d’abord justifié le retrait des keffieh par l’interdiction de porter des symboles religieux pendant les séances du conseil.
Or, une telle interdiction n’existe pas, ni dans la loi ni dans les règlements du conseil. Par le passé, de nombreux citoyens se sont présentés devant les élus portant des symboles religieux de toutes sortes, y compris des kippas juives, des crucifix et des foulards musulmans.
D’ailleurs, le keffieh n’est pas un symbole religieux. Il marquait, à l’origine, le statut de paysan en Palestine sous l’Empire ottoman. Aujourd’hui, c’est principalement un symbole politique.
Mme Rossi s’est ravisée en milieu de journée. La seule interdiction qui aurait pu s’appliquer est celle concernant les symboles haineux.
«S’il y a des personnes qui se sont fait demander de retirer certains effets, des vérifications seront faites. Il y aura des discusssions à ce moment-là», a-t-elle dit.
La question des symboles religieux – et autres symboles ostentatoires de toutes sortes – est controversée depuis de nombreuses années au Québec. Surtout depuis l’adoption de la Loi 21, qui interdit le port de symboles religieux par les représentants de l’État comme les policiers et les juges, ainsi que les personnes qui oeuvrent auprès des enfants comme les enseignants et les employés de garderies. Cette interdiction ne touche toutefois pas les élus et ne s’applique à aucun moment aux simples citoyens.
